Tuffeau story : le village de Bourré


Il y a tuffeau et… tuffeau. Les trogs sont allés toucher du doigt la différence entre notre tuffeau saumurois et le tuffeau bourrichon, ce qui nous a permis de découvrir le petit village de Bourré situé à quelques kilomètres de Montrichard, sur les bords du Cher. Coincé entre le coteau et la rivière, Bourré s’étale silencieusement et ne laisse qu’entrevoir parcimonieusement ses richesses.


La pierre de Bourré

discrêtement enchassées dans le coteau, les maisons témoignent d'un troglodytisme actif.
discrêtement enchassées dans le coteau, les maisons témoignent d'un troglodytisme actif.
Ici, nous sommes en présence du tuffeau blanc (turonien moyen, 80 millions d’années environ). Dans ce sandwich de pierre, c’est donc la garniture :  il y a en-dessous le turonien inférieur, avec la craie à inocérames. Au-dessus, c’est le tuffeau jaune de Touraine qui passé dans le Saumurois. La particularité de la roche est sa blancheur et sa dureté. Utilisée pour la construction et pour la restauration des châteaux et de nombreuses maisons locales, le village repose sur près de 400 kms de galeries concentrées sur 450 hectares : c'est à la pierre de Bourré que Cheverny, Chaumont ou Chenonceaux doivent leur façade immaculée. Aujourd’hui en parties désertées, à cause de la grave crise de la culture du champignon depuis les années 1990, elles témoignent d’un passé dynamique orienté dans un premier temps vers l’extraction intensive, puis de la culture  du champignon de Paris à partir de 1830.  L’arrivée de nouveaux matériaux, comme le ciment et la brique,  puis le début de la Grande Guerre, sonnent le glas de l’activité des carriers.
 
De cette glorieuse époque, il ne reste que quelques caves viticoles et une seule grande champignonnière en activité, celle de la famille Delalande, fondée en 1883.  Une singularité intéressante, la présence importante d’une colonie portugaise implantée dans le village depuis la Révolution des Oeillets (1974).

Le passé refait surface

le gite de M. Paris, propriétaire du restaurant "les deux caves"
le gite de M. Paris, propriétaire du restaurant "les deux caves"
Notre curiosité nous a poussé en avant à la découverte du village. Nous y avons rencontré quelques sympatiques acteurs de la vie locale, à une exception près : le propriétaire de la magnanerie pourtant reputée,  que nous remercions de son hospitalité. Son hostilité et son dédain clairement exprimés à l’égard de “la grande famile des troglodytes”  ont stoppé nette notre enquête. Mais si vous n’êtes ni journaliste, ni photographe, ni champignonniste et que vous ne montrez pas votre passion pour les troglos, nous pensons que le lieu vaut le détour. Glacés par cet accueil, et bredouilles, nous sommes allés nous réchauffer à la Cave des Roches, toujours en activité grace à la ténacité de son jeune propriétaire, Maurice Delalande, amoureux de ses galeries qui abritent la “ville souterraine” sculptée magnifiquement dans les carrières. Notre périple nous a permis de rencontrer François Vachon, propriétaire d’un studio d’enregistrement troglodytique, discrètement camouflé dans la luxuriance du coteau. Nous avons terminé notre parcours chez Didier Paris, qui nous a accueilli  dans son restaurant troglodytique “Les 2 caves”,  et a pris généreusement de son temps pour nous faire visiter un ravissant petit gîte restauré entièrement par ses soins.
Nous reviendrons dans les prochains articles sur ces quelques lieux qui témoignent une fois de plus, sous l’action de quelques passionnés, d’une activité dynamique dans un village, tranquille qui suit son bonhomme de chemin.


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Vendredi 12 Août 2011 à 00:09 | Lu 733 fois