Troglos en péril

Patrimoine en danger


Hasankeyf, village millénaire du sud -est turc sera bientôt englouti sous les eaux du Tigre. L'ancienne capitale sous la dynastie des Ayyoubides de Saladin (1170) est vouée à disparaître sous un lac artificiel en chantier depuis 2006 en aval du Tigre. Les populations kurdes sont condamnées à subir un déplacement définitif. Les autorités avancent des raisons économiques, mais l'on peut raisonnablement s'interroger sur les raisons profondes du gouvernement turc de longue date hostile à la minorité kurde.


​Un projet contesté

La mise en eau du barrage fera disparaître plusieurs villes dont Dicle et Haysankeyf et conduira inévitablement aux dégâts environnementaux et humains liés au déplacement des populations. La perte irrémédiable du patrimoine culturel et historique lié à cette région, ainsi que de ses vestiges archéologiques, a fait réagir plusieurs ONG et chercheurs en archéologie.  En 2019, une centaine d'ONG réunies dans "Pour Hasankeyf" a lancé un appel intitulé "il n'est pas trop tard pour sauver Hasankeyf et le fleuve du Tigre".

Situé sur le Tigre, le barrage permettra de contrôler le flux d'eau qui traverse la Syrie et l'Irak. Ilisu est une pièce centrale de projet d'Anatolie du Sud-Est (GAP), un plan d'aménagement du territoire visant à doper, d'après le gouvernement turque, l'économie de cette région longtemps négligée par Ankara en s'appuyant sur l'énergie et l'irrigation.
 
 

Témoignage

"Quand on arrive à Hasankeyf, les yeux rivés sur les toits noyés sous les eaux du Tigre, c’est la première phrase qui se glisse à l’esprit, comme le refrain entêtant d’un désastre - bien réel - annoncé. « Il était » : une cité millénaire de Mésopotamie, l’un des plus vieux sites habités par les hommes. « Il n’était pas » : ce que prétendront, un jour, les manuels d’histoire lorsque la petite ville du Sud-Est turc sera entièrement engloutie, rayée des cartes de géographie au profit d’un barrage géant, projet fétiche de l’ambitieux président Erdogan. « C’est un génocide culturel », s’emporte Saliha Ruzgar, les sourcils en accents circonflexes. Le matin même, cette Kurde de Batman, à 36 kilomètres d’ici, a fait monter ses enfants en voiture pour faire avec eux ses adieux à Hasankeyf, son village natal."
(Figaro International, Delphine Minoui, 25 février 2020)
 
 

En différé : tigris à la troglothèque

La Troglothèque accueille May Bindner et Ewan Baker revenus depuis peu de cet écrin du Moyen Orient. De cette expérience, ils nous ramènent leur travail de mémoire dont ils présenteront quelques extraits lors des Troglodays ainsi qu'une exposition de clichés réalisés par une photographe turque, Berna, présente lors de leur séjour au village. Ce sera le 3 et 4 octobre prochain à la Troglothèque.

A suivre...

A retrouver sur www.troglonautes.com
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Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Vendredi 18 Septembre 2020 à 15:44 | Lu 199 fois