Troglodyte Dundee, les Aborigènes et le Sacré

Série australienne (6)


Près de 400 groupes aborigènes coexistent sur le continent australien, identifiés chacun par un nom, un dialecte ou par une prononciation distinctive utilisée originellement pour raconter les mythes. Ces groupes sont listés dans l’Encyclopédie de l’Australie aborigène (1974) qui remarque "un élément intrigant" de la mythologie aborigène : le mélange entre la diversité et la similitude des mythes sur l’ensemble du continent qui, réunis, semblent former une croyance polythéiste et animiste.



La légende du Serpent Arc-en-Ciel

En 1926, un anthropologue britannique, le Pr Alfred Ratcliffe-Brown constate que nombre de « tribus » aborigènes semblaient partager une variante d’un seul et même mythe : celui d’un serpent associé aux arcs-en-ciel, à la pluie, aux fleuves et aux eaux profondes. Il lui donne le nom de « Serpent Arc-en-ciel » dorénavant couramment adopté à travers tout le continent.
 
Le Temps du Rêve, période où la terre n’était qu’une plaine plate, vit apparaître les grands esprits (êtres hybrides mi hommes mi animaux) qui faconnèrent le paysage.
Ainsi, le Serpent Arc-en-Ciel, un serpent géant qui vit au Paradis et laisse sa trace dans le monde des Hommes sous la forme d’un Arc-en-Ciel. Au commencement, la Terre était une plate vallée grise. Le serpent arc-en-ciel ondula alors à travers le pays, et des montagnes et rivières furent créées par les mouvements sinueux de son corps. Son corps de toutes les couleurs façonnait de nouveaux paysages. Puis le serpent fut fatigué par ses efforts et se réfugia dans un trou d’eau pour se reposer. Ainsi, il contrôlait la plus précieuse des ressources : l’eau. À chaque fois qu’un animal allait s’abreuver à ce point d’eau, il pouvait ressentir la présence du serpent et n’osait pas le perturber.
Le Serpent Arc-en-Ciel créa des lois auxquelles les êtres doivent obéir. Il dit « Ceux qui respecteront mes lois seront récompensés, je leur donnerai forme humaine. Ceux qui les enfreindront seront punis et transformés en pierres. »
Ainsi, les rebelles se transformèrent en montagnes et collines, et les autres en humains. Pour ces derniers, le Serpent offrit un totem animal en fonction de leur région, qui les représentera plus tard.
Le peuple Jawoyn raconte que le Serpent Arc-en-Ciel dormait sous le sol jusqu’à ce qu’il se réveille et se fraye un chemin vers la surface. Il a ensuite voyagé à travers la Terre, dormi quand il était fatigué, et laissé derrière lui ses empreintes sinueuses et celles de son corps endormi. Quand il eut terminé, il est revenu et a appelé les grenouilles à sortir, mais elles étaient très lentes car leur ventre était rempli d’eau. Le Serpent Arc-en-Ciel leur chatouilla alors le ventre et, quand les grenouilles riaient, de l’eau coulait de leurs bouches et remplit les chemins et les creux laissés par le Serpent, ce qui irrigua la Terre de rivières et de lacs. 

Malgré la variété et le nombre de légendes, il existe de fortes similitudes entre les groupes.
Les cultures sont basées sur la Nature qui lie humains, animaux, plantes, astres et sites sacrés
Les humains sont associés à la terre et à des sites sacrés.
La notion de temps du rêve : beaucoup d’Aborigènes préfèrent utiliser la notion de Rêve, vision éternelle, qui n’est pas terminée.
Les voies du rêve décrivent les parcours entrepris par les Esprits ancestraux, qui donnèrent vie aux roches, aux plantes, aux animaux par leurs chants. Ces chemins sont sacrés et parcourus de chants et de cérémonies qui demandent à être respectés.

Tous ces mythes rendent compte des vérités propres à chaque groupe sur les paysages qui les entourent et c’est la totalité de la topographie australienne qui transmettent sagesse et connaissance accumulées au fil du temps malgré les vicissitudes dues à la colonisation et à celles causées par le tourisme grandissant.
 
Dans les prochains épisodes nous vous emmènerons à la découverte de quelques sites sacrés, sur la pointe des pieds.
A suivre
 

Pour les afficionados :
https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/sur-les-epaules-de-darwin-11-mars-2017
Bruce Chatwin. Le chant des pistes. Le Livre de Poche, 1990.
 
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Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Dimanche 7 Octobre 2018 à 12:03 | Lu 81 fois