Roulleau sans compresseur

La Transmission (2)


L’expression « appuyer sur le champignon » ne s’applique ni au Père Jules, ni à son fils Julien qui est le « chef d’exploitation » de la Cave Vivante du champignon depuis deux ans. Passage de relais, une fois encore dans un domaine où le temps est rythmé par Compère Champignon qui dicte sa loi, en douceur, en saveur mais malmené par les temps modernes. Le maître mot « qualité » demeure la règle inscrite chez le Père (qui ne manque pas d’esprit) et le Fils inscrit dans la terre nourricière depuis l’âge de cinq ans. On ne se refait pas pour l’un. On ne refait pas le monde pour l’autre. Ici on bosse sans rouleau compresseur dans l’ombre de galeries odorantes, silencieuses, dominées par le bruissement incessant du compost, matrice de notre plaisir gustatif. Il reste une douzaine de créateurs en France qui vivent de leur art : parmi eux Roulleau, père et fils.


Le Père

Qui ne connaît pas le Père Jules. Il semble échappé d’une photo des années 50 lorsqu’il surgit de ses galeries tel un mineur remontant à la surface. Le pas est franc, massif et puissant, le regard tranquille et incisif. Quant à  la voix, elle sait se faire suave, doucereuse, ironique et facétieuse. Le regard pétillant se teinte parfois de fausse naïveté  : ne vous y trompez pas. Laissez vous bercer par ce conteur hors mesure et savourez ses paroles. Il connaît tout du Monde Souterrain, des chauves-souris aux champignons, élevés dans le tuffeau. Visitez la « Cave vivante du champignon » où l’on sait prendre la mesure de l’outre temps, celui du dessous.
Le père tente (inutilement) de se dissimuler dans l’ombre de son fils, à qui, paraît-il, il demande chaque jour : « que dois je faire ? ». Là, je pouffe, silencieusement…

Le Fils

Si le Père est « bélier », le fils doit être taureau. Maître  de la situation depuis deux ans, Julien n’a qu’un objectif, celui de gagner du temps, rentabiliser une affaire soumise à une conjoncture difficile face aux intérêts nationaux et internationaux, dans l’orbite de France Champignon. Le garçon (36 ans) est avare de mots et de gestes superflus. Vivons du champignon pendant qu’il est temps. Ne ménageons pas nos efforts, délaissons l’inutile, accélérons la production. L’exploitation familiale y gagne : en 5 ans le rendement passe avec lui de 1 à 5.
Le fils, bouscule un « chouia » les habitudes de travail du père, qui accepte avec une certaine soumission les méthodes mises en place par le fils. Là je pouffe encore, avec respect et admiration…

L'esprit

La « Cave Vivante du champignon » va fêter ses vingt ans d’existence. Au-delà de cet événement attendu, ce sont trois générations qui se sont vouées à cette culture, génératrice de patience, de gestes cent fois répétés, 365 jours… par an. En 1998, l’exploitation décide de devenir artisanale et qualitative. Il s’agit de satisfaire le marché local dans un rayon de 35 kms. Le compost composé de 50% de fumier de cheval, de paille de blé et d’eau délivre champignons de Paris, blancs et blonds, shii-také et autres pleurottes, cueillis dès 7 heures du matin et livrés par un des quatre membres de l’équipe. L’exploitation livre ainsi 1, 5t par  semaine.
Julien se destinait à la viticulture et à l’œnologie. Est-ce le souvenir de ses premières années passées dans l’obscurité des caves en compagnie de son père qui l’a finalement décidé à relayer son père ?  Ou continuer jusqu’au bout avec lui l’entreprise familiale? Lui seul le sait.
                                   
 
Conciliabule
Julien : « Travailler avec mon père… pas toujours facile ! Faut m’suivre. »
Le Père Jules : « j’ai la mémoire qui flanche. Je dois maintenir mes neurones en activité… » susurre-t-il, sentencieux.
Et les champignons de sourire avec bienveillance en un concert souterrain et silencieux dans le fond des 4kms de galeries.­
 

Jacky et Julien Roulleau  champignonnistes,
les jardiniers de la nuit vous accueillent dans leurs habitations troglodytiques du XVIe siècle où sont cultivés les champignons de Paris et sylvestres
1 Rue du Château, 49260 Le Puy-Notre-Dame, France
+33 2 41 40 36 47
    

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Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Dimanche 24 Décembre 2017 à 12:56 | Lu 90 fois




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