Les mystères de Provins


Petite devinette pour bien commencer l’année sur votre portail : quels sont les points communs entre la ville de Provins et Doué-la-Fontaine? Et bien, les deux villes ont en commun un passé “viticole”, cultivent la rose et possèdent un réseau souterrain. Intéressons-nous donc sans plus attendre à cette sous-préfecture du département de Seine et Marne, située à moins de 80 kms au sud-est de Paris dans la région Ile de France. Au Moyen Âge, la cité occupe la troisième place après Paris et Rouen. Actuellement, la commune qui accueille environ 220 000 visiteurs est inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis le 13 décembre 2001 et jouit d’une réputation aussi bien nationale qu’internationale. Reste que son réseau souterrain constitue un mystère.


De “Probus” à l’Unesco.

Les mystères de Provins
Provins tirerait son nom de Probus (Probus vinum), Général romain qui aurait séjourné dans la cité  vers 271. Devenu empereur (276-282), il prit  des mesures autorisant la culture de la vigne en Gaule. En 485 après la victoire de Soissons, Clovis s’empare du “castrum romain” de Provins.
La ville développe son influence économique au Moyen Âge :  elle devient la troisième ville de France, après Paris et Rouen en abritant une des plus grandes foires de Champagne. La ville est alors sous la protection des comtes de Champagne et conserve ses privilèges, notamment pour attirer les marchands étrangers. Même encore actuellement, la traditionelle braderie du 11 novembre jouit d’une réputation importante. Ses ressources sont essentiellement agricoles, maïs, betterave et colza, auxquels vient s’ajouter la culture de la rose  : Provins est la capitale de la confiserie à la rose, dont les principales spécialités sont la confiture de pétales de rose, le miel à la rose de Provins, les bonbons à la rose ou encore le sirop de rose. La rose de Provins aurait été rapportée des croisades par Thibaut de Champagne. Les roseraies sont encore en activité grâce au rosier de Provins, petit buisson rustique et beaucoup plus proche des variétés sauvages que les productions plus récentes. Il ne se trouve quasiment plus que chez ces producteurs, son aspect peu spectaculaire nuisant à sa diffusion. L’activité touristique s’est aussi fortement développée : près de 220 000 visiteurs se rendent chaque année dans l’antique cité. Provins est célèbre pour ses fortifications médiévales. L’enceinte de la ville haute longue de 1200 mètres possède 22 tours et fut construite entre 1226 et 1314. Ce lourd héritage du passé a été reconnu  en 2001, date à laquelle la cité est inscrite sur la liste du patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Qui dit ville fortifiée dit souterrains : le sous sol de la cité en est truffé, tout comme les hypothèses de leur origine.

Un riche passé encore mystérieux

Les mystères de Provins
Les souterrains sont mentionnés dans le roman d’Umberto Eco “le pendule de Foucault” sur les mystères des Templiers (article à venir!), mais demeurent énigmatiques dans la réalité quant à leur origine et leur fonctions. Les recoupements historiques ont permis de mettre un certain nombre d’hypothèses au jour.
Il est très probable qu’ils furent d’abord exploités comme carrières pour extraire la "terre à foulon". Au Moyen Âge, la spécialité de Provins était un drap de laine, de très haute qualité, dont la renommée dépassait les frontières. On utilisait donc cette terre très particulière, pour l’opération du foulage des draps (nettoyage et dégraissage de la laine). Et comme l’on sait que l’industrie du drap était extrêmement productive à Provins au Moyen Âge, on peut en déduire que les besoins des foulons étaient en proportion. Une fois ces cavités réalisées, les hommes ont pu les exploiter de diverses façons : refuges, entrepôts durant les Foires de Champagne ou encore lieux de réunions cultuelles, et assurément par des francs-maçons que de nombreuses anciennes écritures sur les parois attestent.
On peut visiter aujourd’hui la partie communale de ces réseaux ( 250 mètres), ceux qui se situent sous l’Hôtel-Dieu et sous la rue Saint-Thibault. La visite permet également de découvrir des lieux typiquement liés aux foires, les salles basses voûtées : pendant les Foires de Champagne, les marchands et négociants avaient besoin de grands espaces pour mettre en sûreté et stocker leurs marchandises, et pour accueillir leurs clients. Utilisées comme une sorte de “ show room ”, ces salles commerciales étaient construites et aménagées avec soin, notamment le Caveau du Saint Esprit et la Grange aux dîmes. Plus de cent salles ont été répertoriées et témoignent de l’activité économique de la ville.
 
Nul doute que les trogs feront le déplacement. Quant à vous, si le coeur vous en dit :
Horaires d'ouverture :
• Du 2 janvier au 29 mars 2013 : les week-ends, jours fériés et ponts, et tous les jours pendant les vacances scolaires (zones A, B & C), visites à 14h, 15h et 16h.

À découvrir uniquement en visite guidée par groupe de 25 pers. maximum, pour des raisons de sécurité et de préservation du site.
 

Petit lexique des trogs : Alors?

Dorénavant vous trouverez un petit lexique tiré de notre glossaire pour vous accompagner fidèlement...

La terre à foulon :
C’était une argile d’un gris verdâtre, très hydratée, contenant presque toujours un peu de chaux, de magnésie et d’oxyde de fer ; elle est peu fusible, grasse au toucher et qui se délaye facilement dans l’eau qu’elle rend savonneuse, sans former une pâte très ductile.
Ce sont ces propriétés qui la font utiliser pour le foulage : elle sert à enlever aux étoffes de laine le gras dont on imbibe les fils pour faciliter leur filage et leur tissage. Les tissus, les draps sont mis dans des auges avec la terre à foulon, abondamment arrosés pour y être foulés, soit manuellement avec un fouloir à main, soit mécaniquement avec des maillets mus par la force de l’eau dans les moulins à foulon.
À Paris, elle était employée comme pierre à détacher et provenait des dépôts gypseux de Montmartre, Pantin, etc. Son emploi, seule ou mélangée avec un peu de soude , lui donnait la propriété de raviver les couleurs des étoffes. La pierre, une fois trempée dans l’eau, était frottée sur la tache ; la couche terreuse une fois séchée était enlevée par brossage ; le gras était absorbé par l’argile.
 
Le castrum :
Contrairement à toutes les armées antiques, lorsque les légions  de la Rome antique  en campagne quittent la zone totalement sûre, elles construisent chaque soir un camp fortifié (castrum en latin, pluriel : castra). Cette habitude est très ancienne, et remonte peut-être aux réformes de Camille (Marius a plus tard codifié ces habitudes).


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Samedi 5 Janvier 2013 à 07:31 | Lu 708 fois