Les égouts de Paris aujourd'hui: UN TIGRE sous la ville (3)

Paris souterrain


Dernier volet de notre article sur un univers souterrain méconnu qui concerne bon nombre d'entre nous : La gestion des égouts. Mais comment et grâce à qui tout cela fonctionne-t-il?


Tigres et crocodiles

Nous évoquions dans le premier article consacré aux égouts un crocodile échappé dans les égouts...  Mais il y a aussi  là-dessous un fauve qui guette : savez-vous que les 2 400 kilomètres de galeries du réseau d'égouts de Paris sont entretenus non seulement par des égoutiers, mais aussi par un système informatique baptisé TIGRE pour "Traitement informatisé de la gestion du réseau des égouts". Ce système centralise les informations sur l'état physique des ouvrages, que les égoutiers vérifient sur place avec des terminaux portables. Ils inspectent chaque portion du réseau au moins deux fois par an.

Le réseau d'égouts de Paris est un réseau unitaire : les eaux pluviales et eaux usées sont évacuées ensemble dans les mêmes canalisations. D'où la nécessité de contrôler le niveau des déversements en cas d'intempérie.

Autre particularité : le système est gravitaire.
La très grande majorité du réseau fonctionne sans l'aide de pompes, simplement grâce à la gravité. L'écoulement se fait donc des hauteurs vers les collecteurs longeant la Seine, puis de l' amont (à l'est) vers l'aval (à l'ouest) de la vallée. Cinq émissaires amènent les eaux usées à l'usine d'Achères, un sixième amène une partie jusqu'à l'usine des Grésillons  à Triel sur Seine...


L'entretien

L'entretien des canalisations et des tunnels se fait avec l'aide de divers engins et techniques : les bateaux-vanne sont des engins de curage naviguant sur les collecteurs principaux. Ils pèsent près de cinq tonnes et sont retenus par des chaînes. Ils sont utilisés pour curer les dépôts solides au fond des plus grands collecteurs. Les wagons-vannes permettent de curer les collecteurs secondaires (plus étroits que les principaux) en s'appuyant sur les banquettes.

Mais comment fait-on pour la circulation des eaux usées, Paris étant séparer en rive gauche rive droite? Ces effluents passent de part et d'autre de la Seine grâce à des syphons (par exemple, au niveau de l'Alma et de la Concorde ). Ceux-ci étant complètement ennoyés, les égoutiers utilisent des boules pour les curer ou  les mettent hors service pour procéder manuellement au pompage des bouchons.
Il y a aussi des bassins de dessablement permettant de décanter la partie la plus lourde (appelé « bâtard ») des particules solides entraînées dans les égouts. Les dépôts sont pompés périodiquement. Pour les galeries les plus étroites, des réservoirs de chasse sont utilisés.
Les égoutiers sont en somme des plombiers chargés d'une tuyauterie géante!

La gestion eaux pluviales

Les eaux pluviales posent des problèmes spécifiques. D'une part, elles sont polluées par les polluants atmosphériques et le ruissellement :  elles doivent donc être traitées avant rejet. D'autre part, il s'agit d'un volume d'eau supplémentaire très important, risquant de saturer les capacités du réseau et des usines de traitement, et donc d'inonder les points bas de l'agglomération. En cas d'orage violent, le débit des égouts peut atteindre les 300 m3 par seconde (soit le débit Moyen de la Seine).
La première solution, encore utilisée en cas d'urgence, est d'utiliser des déversoirs d'orage dans le fleuve qui fonctionnent avec des systèmes de valves.  La seconde solution est de stocker temporairement ces eaux excédentaires en amont du réseau : en 2011, on comptait 3 tunnels-réservoirs et 8 bassins de rétention, ayant ensemble une capacité de 833 200 m3.
Le tunnel Ivry-Masséna (TIMA) est l'ouvrage de gestion des eaux pluviales le plus récent, ainsi que le plus grand réservoir d'eaux pluviales d'Europe: ce tunnel-réservoir achevé en 2009 à 30 mètres sous les 12ème et 13ème arrondissements de Paris est long de 1,86 kilomètre avec un diamètre de 6,8 mètres, ce qui fait qu'il peut stocker 80 000 m3 d'eau.
Paris est donc un gruyère... mais aussi un dromadaire à bosses souterraines.

Des égoûts écolos

Avec le traitement des eaux usées, le recyclage est de plus en plus valorisé :  la dépollution d' 1m3 d'eau usée entraîne la production en moyenne de 400g de boues qui forment une matière organique. Celle-ci est réutilisée majoritairement comme engrais, mais aussi comme combustible (après séchage) ou comme remblai.
L'usage des boues comme engrais se fait soit par épandage sur les champs autour des usines de traitement ( avec des dégâts collatéraux au niveau des odeurs), soit par la revente de granulés.
L'incinération des boues permet aussi la récupération d'énergie (Seine Centre et Marne Aval), et les boues peuvent également être transformées en granulés combustibles (Seine Grésillons et Seine Amont). Le méthane produit par les bactéries dans les digesteurs de boues est récupéré sous forme de biogaz pour fournir une partie de l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'usine Seine Aval. Enfin il est envisagé de méthaniser les boues en mélange avec des déchets organiques dans la future usine Seine Morée.
Dans le cadre de son Plan Climat, Paris et la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) expérimentent depuis 2010 la récupération de calories dans les égouts. Les calories seront récupérées au moyens de pompes à chaleur pour chauffer des bâtiments publics.  Ce système est déjà utilisé avec succès à Levallois Perret et Nanterre. On n'arrête pas le progrès.


Il se passe donc beaucoup de choses que nous ignorons dans ces sous-sols aquatiques à mauvaise réputation. Il est temps de réhabiliter nos précieux égouts!


Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Lundi 31 Mars 2014 à 18:48 | Lu 818 fois