Lascaux, de fond en comble (2)

Culture, environnement et technologie


En quelques décennies, le site de Lascaux daté de -24 à -19 000 ans a été menacé par son ouverture au public et nécessité la création de plusieurs fac-similé. Lascaux 4 en est le dernier nouveau témoin. C’est qu’outre les intempéries humaines, la grotte initiale était atteinte de la « maladie du monde souterrain ». Elle peut dorénavant « respirer » en toute quiétude, après avoir été « sanctuarisée » en 1963 par André Malraux qui décide de la fermer au grand public.


Un site « sanctuarisé »

Quelques dates viennent ponctuer l’histoire contemporaine de Lascaux. En 1940, quatre adolescents découvrent la grotte. Vingt-trois ans plus tard, elle sera fermée au public pour cause de dégradation. En 1983, le premier « fac-similé » est opérationnel, il s’agit de Lascaux 2. La grotte initiale est sanctuarisée au second sens du terme, c’est-à-dire mise sous cloche et réservée aux spécialistes. Le projet de Lascaux 3 (exposition itinérante) voit le jour en 2010 et sera mené à bien les années suivantes pour permettre de « partager Lascaux avec tous ceux qui n’auront jamais la chance de visiter notre belle région… et découvrir ce patrimoine unique de l’humanité… » (Bernard Cazeau, président du Conseil régional de la Dordogne). Il s’agit de la grotte « ambulante » qui se loue de Chicago à Tokyo en passant par Paris et d’autres prestigieuses cités. Mais les problèmes sévissent à Lascaux 2. La fréquentation qui dépasse 200 000 visiteurs par an, menace le site original situé à proximité. En 2016, une nouvelle réplique voit le jour, Lascaux 4 : 900 m2  de panneaux ornés, de parcours recréés à l’identique attendent les visiteurs dans des conditions hyperréalistes. La grotte calquée, numérisée puis reconstituée bénéficie de toutes les nouvelles technologies : le Centre International de l’art pariétal venait de naître, offrant un nouveau champ de vision interactif saisissant. Lascaux 1 est sauvée. Et les clones réalisés permettent au public de parcourir ce trésor de l’art pariétal.

Les maladies du monde souterrain

L’équilibre du monde souterrain relève de facteurs géologiques, hydrogéologiques, climatiques et biologiques en perpétuelle interaction, d’une relative stabilité soumise à des variations naturelles. Le contact avec l’homme bouleverse cet état initial et peut provoquer des bouleversements irrémédiables, menaçant sa survie. Lascaux a souffert de sa mise au jour et de son ouverture au public. Le site brutalement ouvert au public subit des travaux de terrassement, les aménagements touristiques d’envergure nécessaires qui se poursuivent jusqu’en 1960, malgré les avertissements conservatoires émis par nombre de scientifiques.
En 1960, l’alerte est donnée suite à l’apparition de taches, la maladie verte qui attaque la Salle des taureaux et le Diverticule axial. Nombre de champignons, d’algues, de fougères et de bactéries envahissent le site. La prolifération algale sera stoppée après que André Malraux ait décidé de fermer le site et pris des mesures (solutions biocides et antibiotiques qui stopperont en deux ans la prolifération microbiologique). Les scientifiques mettent en évidence la complexité de l’équilibre dynamique bioclimatique de la cavité.
En 2001, une nouvelle attaque de micro-organismes résistants aux agents biostatiques oblige à des mesures plus appropriées et la mise en place d’un comité scientifique chargé de diligenter recherches et mises en place de traitements appropriés.

De la guérison à la prévention

Lascaux 2 opérationnel fait prendre conscience que la protection environnementale des abords du site doit être étendue à tout l’ensemble du massif calcaire, à sa couverture végétale mais aussi à l’urbanisation et ses équipements. Une réflexion globale et transversale des acteurs concernés est engagée et c’est ainsi que naît le projet de Lascaux 4, Centre International de l’Art Pariétal, tandis que Lascaux 1 est placé sous monitoring permanent. L’engouement des scientifiques et du grand public est à l’origine de la prise de conscience de tout mettre en œuvre pour préserver le site  inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. La règle de base est l’abaissement extrême de la fréquentation humaine concernant Lascaux 1, la sanctuarisation de toute la colline. Lascaux devient un immense laboratoire de recherche et de mesures de conservations à l’usage des scientifiques de tout bord.

A suivre...
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Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Mardi 13 Mars 2018 à 18:43 | Lu 53 fois