De la littérature souterraine, Victor Hugo (3)


Suite et fin des Misérables. Où il est question des bas-fonds, et des êtres maléfiques qui les habitent. Chauve-souris et taupe n'ont pas bonne presse auprès du grand écrivain... Au-dessous des galeries où oeuvrent les "pionniers du monde souterrain" ( voir articles précédents), se trouve le troisième sous-sol, abandonné aux forces du mal, dont "les silhouettes farouches... ont deux mères, toutes deux marâtres, l'ignorance et la misère"...


"L'unique péril social, c'est l'ombre"

MARIUS  / Livre septième / Patron-Minette / Le Bas-fond. Extraits:
" Le moment est venu d'entrevoir d'autres profondeurs, les profondeurs hideuses.
Il y a sous la société, insistons-y, et, jusqu'au jour où l'ignorance sera dissipée, il y aura la grande caverne du mal.
Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la haine sans exception. Cette cave ne connaît pas de philosophes ; son poignard n'a jamais taillé de plume. Sa noirceur n'a aucun rapport avec la noirceur sublime de l'écritoire. Jamais les doigts de la nuit qui se crispent sous ce plafond asphyxiant n'ont feuilleté un livre ni déplié un journal [...]. Cette cave a pour but l'effondrement de tout.
De tout. Y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine non seulement, dans son fourmillement hideux l'ordre social actuel ; elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la révolution, elle mine le progrès. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Elle est ténèbres, et elle veut le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance.
Toutes les autres, celles d'en haut, n'ont qu'un but, la supprimer. C'est là que tendent tous leurs organes à la fois, par l'amélioration du réel comme par la contemplation de l'absolu, la philosophie et le progrès. Détruisez la cave Ignorance, vous détruisez la taupe Crime.
Condensons en quelques mots une partie de ce que nous venons d'écrire. Le péril, c'est l'ombre".


"Les difformes champignons du dessous de la civilisation"...

Et le dernier chapitre du spetième livre, intitulé "composition de la troupe", énumère une liste de sinistres bandits des tréfonds de la capitale:

"Nous en passons et des pires. Ces noms ont des figures. Ils n'expriment pas seulement des êtres, mais des espèces. Chacun de ces noms répond à une variété de ces difformes champignons du dessous de la civilisation.
Ces êtres, peu prodigues de leurs visages, n'étaient pas de ceux qu'on voit passer dans les rues. Le jour, fatigués des nuits farouches qu'ils avaient, ils s'en allaient dormir, tantôt dans les fours à plâtre, tantôt dans les carrières abandonnées de Montmartre ou de Montrouge, parfois dans les égouts. lls se terraient.
Que sont devenus ces hommes? Ils existent toujours. Ils ont toujours existé. [...]. Et tant que la société sera ce qu'elle est, ils seront ce qu'ils sont. Sous l'obscur plafond de leur cave, ils renaissent à jamais du suintement social. Ils reviennent spectres, toujours identiques....  [...].
Que faut-il pour faire évanouir ces larves? De la lumière. De la lumière à flot. Pas une chauve-souris ne résiste à l'aube. Eclairez la société en dessous."


Bon, alors là, on n'est plus d'accord avec le grand Victor! Nous, on trouve les champignons très mignons, les chauve-souris sont nos amies, et les taupes, c'est top... Mais on reconnaît cependant la grandeur de ce texte, qui est plus une accusation à l'encontre de la société qu'une condamnation de ses laisser pour compte...

Les prochaines fois, je vous emmenerai  à travers des romans d'aventure, un peu plus légers, sur les traces d'Arsène Lupin ou de Jules Vernes.

A suivre...


Lady Trog
De la littérature souterraine, Victor Hugo (3)


Rédigé par Renée Frank le Vendredi 16 Novembre 2012 à 06:53 | Lu 224 fois