De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (3)


Après avoir failli mourir de soif, la petite troupe est sauvée par le guide Hans qui a repéré un courant souterrain : une source d'eau ferrugineuse bouillante. Le percement de la paroi leur permettra de profiter d'un ruisseau qui guidera leurs pas vers les profondeurs. Mais Axel n'est pas au bout de ses peines. Il s'égare dans les labyrinthes souterrains et se retrouve bientôt seul dans les ténèbres...


De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (3)
Extraits, chapitre XXVII:
Enfin, une dernière lueur trembla dans la lampe. Je la suivis. Je l'aspirai du regard, je concentrai sur elle toute la puissance de mes yeux, comme sur la dernière sensation de lumière qu'il leur fût donné d'éprouver, et je demeurai plongé dans les ténèbres immenses.
Quel cri terrible m'échappa! Sur terre, au milieu des plus profondes nuits, la lumière n'abandonne jamais entièrement ses droits ! Elle est diffuse, elle est subtile, mais, si peu qu'il reste,la rétine de l'oeil finit par la percevoir! Ici, rien. L'ombre absolue faisait de moi un aveugle dans toute l'acception du mot.
Alors ma tête se perdit. Je me relevai les bras en avant, essayant les tâtonnements les plus douloureux. Je me pris à fuir, précipitant mes pas au hasard dans cet inextricable labyrinthe, descendant toujours, courant à travers la croûte terrestre, comme un habitant des failles souterraines, apppelant, criant, hurlant, bientôt meurtri aux saillies des rocs, tombant et me relevant ensanglanté, cherchant à boire ce sang qui m'inondait le visage, et attendant toujours que quelque muraille vint offrir à ma tête un obstacle pour s'y briser.
Où me conduisit cette course insensée? Je l'ignorerai toujours. Après plusieurs heures, sans doute à bout de forces, je tombai comme une masse inerte le long de la paroi, et je perdis tout sentiment d'existence!

Découverte de la mer intérieure

De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (3)
Repéré grâce aux qualités acoustiques de certaines roches qui conduisent les sons commme l'électricité, Axel parvient à communiquer avec son oncle à travers la paroi malgré la distance qui les sépare. Il finit par tomber dans un puits sans fonds et se réveille dans une caverne éclairée ... par la lumière du jour.

Chapitre XXIX, extraits:
Le lendemain à mon réveil, je regardai autour de moi. Ma couchette, faite de toutes les couvertures de voyage, se trouvait installée dans une grotte chamante, ornée de magnifiques stalagmites, et dont le sol était recouvert d'un sable fin. Il y régnait une semi-obscurité. Aucune torche, aucune lampe n'était allumée, et cependant, certaines clartés inexplicables venaient du dehors en pénétrant par une étroite ouverture de la grotte. J'entendais aussi un murmure vague et indéfini, semblable au gémissement des flots qui se brisent sur une grève, et parfois les sifflements de la brise.
Je me demandais si j'étais bien réveillé, ou si je rêvais encore, si mon cerveau, fêlé dans ma chute, ne percevait pas des bruits purement imaginaires. Cependant, ni mes yeux, ni mes oreilles ne pouvaient se tromper à ce point. [...].
D'abord, je ne vis rien. Mes yeux déshabitués de la lumière, se fermèrent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir, je demeurai encore plus stupéfait qu'émerveillé.
"La mer! m'écriai-je.
- Oui, répondit mon oncle, la mer Lindenbrock,et, j'aime à  le croire, aucun navigateur ne me disputera l'honneur de l'avoir découverte et le droit de la nommer de mon nom!"
Une vaste nappe d'eau, le commencement d'un lac ou d'un océan, s'étendait au-delà des limites de la vue. Le rivage, largement échancré, offrait aux dernières ondulations des vagues un sable fin, doré, parsemé de ces petits coquillages où vécurent les premiers êtres de la création. Les flots s'y brisaient avec un murmure sonore particulier aux milieux clos et immenses. Une légère écume s'envolait au souffle d'un vent modéré, et quelques embruns m'arrivaient au visage. Sur cette grève légèrement inclinée, à cent toises environ de la lisière des vagues, venaient mourir les contreforts de rochers énormes qui montaient en s'évasant à une incommensurable hauteur. [...].
C'était un océan véritable, avec le contour capricieux des rivages terrestres, mais désert et d'un aspect effroyablement sauvage.





A l'intérieur du globe

De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (3)
SI mes regards pouvaient se promener au loin sur cette mer, c'est qu'une lumière "spéciale" en éclairait les moindres détails. Non pas la lumière du soleil avec ses faisceaux éclatants et l'irradiation splendide de ses rayons, ni la lueur pâle et vague de l'astre des nuits, qui n'est qu'une réflexion sans chaleur. Non, le pouvoir éclairant de cette lumière, sa diffusion tremblotante, sa blancheur claire et sèche, le peu d'élévation de sa température, son éclat supérieur en réalité à celui de la lune, accusaient évidemment une origine électrique. C'était comme une aurore boréale, un phénomène cosmique continu, qui remplissait cette caverne capable de contenir un océan. [...]
je me souvins alors de cette théorie d'un capitaine anglais qui assimilait la terre à une vaste sphère creuse, à l'intérieur de laquelle l'air se maintenait lumineux par suite de sa pression, tandis que deux astres, Pluton et Proserpine, y traçaient leurs mystérieuses orbites. Aurait-il dit vrai?
Nous étions réellement emprisonnés dans une énorme excavation. Sa largeur, on ne pouvait pas la juger, puisque le rivage allait s'élargissant à perte de vue, ni sa longueur, car le regard était arrêté par une ligne d'horizon un peu indécise. Quant à sa hauteur, elle devait dépasser plusieurs lieues. Où cette voûte s'appuyait sur ses contreforts de granit, l'oeil de  pouvait l'apercevoir ; mais il y avait un tel nuage suspendu dans l'atmosphère, dont l'élévation devait être estimée à deux mille toises, altitude supérieure à celle des vapeurs terrestres, et due sans doute à la densité considérable de l'air.
Le mot "caverne" ne rend évidemment pas ma pensée pour peindre cet immense milieu. Mais les mots de la langue humaine ne peuvent suffire à qui se hasarde dans les abîmes du globe.



Ainsi, nos explorateurs  intéprides ont atteint le centre de la Terre et embarquent sur cet océan intérieur, toujours au péril de leur vie. Parviendront-ils à traverser la mer, et où les conduira leur radeau? Reviendront-ils tous sains et sauf de ce voyage extraordinaire, et surtout comment retrouveront-ils la voie du retour? Je vous laisse découvrir la suite du VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, qui fit rêver des générations d'aventuriers en herbe...


Lady Trog

 
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Rédigé par Renée Frank le Mardi 16 Avril 2013 à 05:52 | Lu 506 fois