Merci les chauves-souris !


Manuel Lomont est le voisin immédiat à Chemellier du facteur troglodyte. Sa rencontre avec Jules Mougin sera déterminante. Après la disparition de son ami Jules, il devient en quelque sorte le « Gardien du Temple ». En tout cas il reste fidèle à sa mémoire. Il nous livre les premiers instants de sa rencontre avec Jules Mougin.


Merci les chauves-souris !
Pour illustrer le caractère de Jules Mougin évoqué hier (Jules Mougin, un facteur troglodyte) nous vous livrons une petite anecdote.

Présent depuis 3 ans en Maine-et-Loire, je m’installe à Chemellier en 2002 avec Dorothée, ma compagne.
Je repère rapidement des troglodytes chez mon voisin. D’après sa joyeuse boîte aux lettres, il s’appelle Jules Mougin…Impliqué dans un réseau de naturalistes étudiant les chauves-souris, je vais frapper à sa porte pour obtenir l’autorisation de visiter ces caves, dans l’espoir de trouver des chiroptères en hibernation.
Je tombe sur un vieil homme étonné par ma démarche :
            - « Vous vous intéressez aux chauves-souris ? Bien sûr, allez-y, mais venez me dire ensuite si vous en avez vu ! »
Je descends dans la « carrée », j’entre dans les caves en m’éclairant avec ma torche.
Seulement 6 bêtes, de 3 espèces différentes… Mais je découvre un autre trésor sur les parois : des dizaines de poèmes et citations sont gravées dans la roche.
Des slogans pacifistes, antimilitaristes, des pensées philosophiques, de beaux dessins, tout un monde fascinant s’offre alors à mon regard dans le faisceau de ma lampe.
J’ai parcouru plusieurs centaines de kilomètres dans les galeries, carrières et souterrains saumurois et j’y trouvé toutes sortes de choses : vieux engins agricoles au rebut, refuges datant des guerres de religion, traces d’élevage de vers à soie, déchets de champignonnistes, graffitis de la Résistance, témoignages de la vie troglodytique quotidienne, etc.
Mais ça, jamais vu !
Je remonte alors chez le gardien des lieux, à qui je fais part de ma stupéfaction, et je l’interroge sur l’origine de cette activité foisonnante.
            - « Cela vous intéresse ? Asseyez vous ! »
Il se roule une Golden Virginia et reprend :
            - « Savez vous que j’ai failli être assassiné par Guillaume Apollinaire ? »
Regard interrogatif…
            - « Oui, je gravais un de ses poèmes quand l’échafaudage s’est dérobé sous mes pas… »
J’adressai alors un secret remerciement aux chauves-souris, qui m’avaient permis de rencontrer cet homme. Je fus dès lors envahi d’une curiosité insatiable pour celui qui vivait là, à côté de chez nous. Jules vous attrape le cœur et vous offre le sien. Ses mots, ses yeux et ses gestes sont tout un petit monde dans lequel vous êtes invité comme un ami de toujours.
Avec Dorothée et avec notre fille Lou, dès que nous le pouvions, nous allions frapper chez Jules, et passions quelques minutes ou une soirée extraordinaire, à discuter, rire, dessiner ou penser avec lui et les amis de passage. Ce fut quatre années délicieuses et inoubliables.

Merci les chauves-souris !


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Lundi 16 Mai 2011 à 12:02 | Lu 1106 fois