Destruction de sites archéologiques

Après l'Etat islamique... l'Australie !


On a fustigé (à juste titre) l'Etat Islamique pour la destruction de sites majeurs comme Palmyre en Syrie. Rebelote en Australie (relativement médiatisée) où la multinationale "Rio Tinto" a dynamité l'un des sites archéologiques les plus précieux au monde : les grottes de Juukan.
J'étais heureux de constater que l'ascension (inutile et obscène) du mont sacré Uluru proposée aux porteurs de Nike était désormais interdite. Là, je suis consterné dans cette époque où l'on se met à respecter la nature... et l'environnement.
Vive L'Anthropocène !


Le sacré chez les Aborigènes

Juukan Gorge est principalement connue pour une grotte qui était le seul site intérieur d'Australie à montrer des signes d'occupation humaine continue pendant plus de 46000 ans. Avant sa destruction, la grotte des gorges de Juukan était un site sacré pour les propriétaires traditionnels de la terre, les peuples Puutu Kunti Kurrama et Pinikura (Binigura).
Les sites sont protégés par diverses législations étatiques et territoriales, et la loi fédérale de 1984 sur la protection du patrimoine des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torres peut être invoquée en « dernier recours » si le site n'est pas considéré comme suffisamment couvert par la législation de la juridiction. La législation protège également les sites d'importance archéologique, historique et culturelle liés aux peuples autochtones qui peuvent être sans rapport avec les croyances, et plus communément considérés comme des sites du patrimoine aborigène australien.
Les sites sacrés sont des endroits du paysage qui ont une importance particulière dans la tradition autochtone. Les collines, les rochers, les points d'eau, les arbres, les plaines et d'autres éléments naturels peuvent être des sites sacrés. Dans les zones côtières et maritimes, les sites sacrés peuvent inclure des éléments situés à la fois au-dessus et au-dessous de l'eau. Parfois, des sites sacrés sont évidents, tels que des gisements d'ocre, des galeries d'art rupestre ou des caractéristiques naturelles spectaculaires. Dans d'autres cas, les sites sacrés peuvent ne pas être remarquables pour un observateur extérieur. Ils peuvent varier en taille d'une seule pierre ou plante à toute une chaîne de montagnes.
Le temps du rêve, concept original chez les Aborigènes qui embrasse le passé, le présent et le futur a été mis à mal en mai 2020.
 
 

Les faits : méfaits

L’affaire commence, ou plutôt s’achève, dans les débris d’un dynamitage minier le 23 mai dernier. Ce jour-là, la multinationale Rio Tinto qui opère un fabuleux gisement de fer à ciel ouvert dans la région de Pilbara, dans l’Ouest australien, fait tout sauter, faisant disparaître un site exceptionnel. Les fouilles avaient mis au jour quelques objets exceptionnels, comme une ceinture faite de cheveux tressés vieille de 4 000 ans. L’analyse ADN des cheveux a par ailleurs permis de faire un lien direct avec les PKKP (peuples Puutu Kunti Kurrama et Pinikura d’aujourd’hui).
Depuis 2014, les Aborigènes n’avaient cessé de réclamer le contournement du site. Les fouilles de 2014 ont également permis de trouver l'un des plus anciens exemples de pierre à broyer jamais découverts en Australie. "Les sites aborigènes connus en Australie qui sont aussi anciens que celui-ci se comptent sur les doigts de la main", a déclaré le président du Comité foncier Puutu Kunti Kurrama, John Ashburton, décrivant le site comme l'un des plus anciens sites occupés à l'échelle de tout le territoire.
Le modèle économique australien repose sur un paradoxe : d'un côté, la richesse australienne repose pour une bonne partie - environ 10% du PIB - sur l’exploitation de gisements – fer et charbon, entre autres - incroyablement riches. De l’autre, ces ressources sont souvent assises sur des terres ancestrales aborigènes. 
 
 

Conséquences à suivre

Les quatre dirigeants Simon Thomson, le Français Jean-Sébastien Jaques, Simone Niven et le patron de la filière fer du groupe, Chris Salisbury ont démissionné de leurs fonctions respectives suite à une enquête dévastatrice. Les membres du conseil d’administration, qui ne font pas partie de l’équipe dirigeante, devront également verser 10 % de leurs jetons de présence à une association, non-tenue pas les Aborigènes, qui accompagne cette population vers l’éducation et l’emploi.
La bonne conscience est sauve mais les sanctions sont insuffisantes selon les principaux concernés. "Nous sommes profondément blessés et traumatisés par la profanation du site qui est incroyablement important pour nous et pour les générations futures", a déploré Burchell Hayes, porte-parole des peuples PKKP.
Tristement à suivre...
 
Crédit photos : (PETER PARKS / PKKP ABORIGINAL CORPORATION / AFP)
 


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Jeudi 4 Mars 2021 à 17:57 | Lu 123 fois




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