Un jardinier souterrain 2


Entrons à la suite du Père Jules dans le vif du sujet, à savoir la culture du champignon. Pour sûr, il y a les pleurotes, les shii-také mais aussi le “champignon de Paris” qui survit tant bien que mal à Saumur et dans le Saumurois : la faute aux chinois! Ou à la mondialisation? Les Trogs ouvrent leur parapluie : “« Les champignons sortent avec leur petit parapluie trop tard. » (de Jules Renard)… Vaste sujet.


Un savoir-faire “bien d’chez nous”!

Un jardinier souterrain 2
“il est plus sûr d’envoyer un messager avec de l’or et une tunique, qu’avec des champignons” (proverbe romain)
C’est au 19ème siècle qu’un dénommé Chambry (vers le milieu du XIXe siècle, le jardinier Chambry eut l'idée d'utiliser des carrières abandonnées des environs de la capitale pour cultiver les champignons de couche.). Le dit champignon pousse très bien dans les souterrains de Paris (120 kms de galeries) jusqu’à l’arrivée du Métropolitain parisien en 1895. Là, c’est l’exode vers Saumur, capitale du cheval et par conséquent du fumier, qui, contingenté dans notre monde souterrain, se voit propice au développement du champignon de… Paris : industrie florissante et génératice d’emplois.
La champignonnière du Puy-Notre-Dame, créée en 1900 est achetée par le père du Père Jules en 1950 et tout naturellement, Jacky reprend les rênes de l’affaire familiale, après des études de comptabilité (1972). Il devient “jardinier du monde souterrain. Les affaires sont alors florissantes. « Il y a vingt-cinq ans, près de 500 personnes dans la commune travaillaient à la culture du champignon dans ces caves », explique Jacky Roulleau. L'exploitation familiale a compté jusqu'à 50 salariés. « Ces galeries ont été creusées au début du XVIe siècle pour la construction d'églises et de maisons en tuffeau, elles ont ensuite servi pendant cinq siècles d'habitat et de dépendance. Quatre familles d'agriculteurs y vivaient encore en 1938, mais les usages ne se sont jamais chevauchés, raconte Jacky Roulleau. On était là à l'abri du soleil, des intempéries et des taxes. » L'homme partage son temps entre les visites guidées des lieux, baptisés « La Cave Vivante du Champignon » et la délicate culture de champignons, à raison de 2 tonnes par mois. Le champignon de Paris ou de couche, cousin du rosé des prés, représente l'essentiel des volumes, mais Jacky Roulleau cultive dix-huit autres variétés comme la pleurote ou le shiitaké, mettant en oeuvre des techniques différentes. Le visiteur est invité à participer symboliquement à la cueillette. Jusqu'en 1997, Jacky Roulleau fut l'un des nombreux fournisseurs du groupe France Champignon, avant de se tourner vers la vente directe, notamment aux restaurants en quête de produits de terroir.
 

Une culture menacée

“il en est des poètes, des peintres, des musiciens, comme des champignons : pour un de bon, dix mille de mauvais” (proverbe chinois).
1975. La Chine s’en mêle, la concurrence asiatique voit le jour et la nuit s’abat sur la production locale dans l’impossibilité de concurencer les prix chinois : 80 % des champignonnières disparaissent. En 1981, madame Edith Cresson redonne un peu d’oxygène à cette industrie en rationalisant et limitant les importations vers l’Europe (OMC).
Mais un autre problème voit le jour… Les pays de l’Est,  notamment la Pologne, où les coûts sociaux sont divisés par trente…Le prix de revient du champignon s’en trouve considérablement diminué. « Cette activité subit une vraie concurrence intracommunautaire avec des écarts de coûts sociaux considérables. En Pologne, on a recours à des salariés ukrainiens travaillant pour 5 euros pour une journée de travail », rapporte Jacky Roulleau, qui relève autour de lui des champignons polonais à 1,90 euro le kilo. « Alors qu'il m'est impossible de sortir 1 kilo à moins de 2,50 euros. »
En 1997, Mr Rouleau a encore 40 salariés, ils ne sont plus que deux, son fils et lui. Parfois, aux périodes de grande demandes, il prend un intérimaire. Il se reconvertit alors vers le tourisme, ouvre ses caves aux touristes, donne des cours de culture des champignons… culture dite sexuée. La Cave Vivante du Champignon voit le jour. De nombreux projets sont en cours, expositions photographiques, découvertes des technique de cultures, de l’histoire des caves, des champignons par le biais de films et commentaires projetés dans un espace conçu pour. Jacky croit en la géobiologie qui influence le comportement humain.

La garde meurt mais ne se rend pas !

Un jardinier souterrain 2
"Les champignons ressemblent aux péchés, il faut prendre des risques". (Hervé Bazin)
Entre 1993 et 1997, la plupart des champignonnières ont disparu. Aujourd’hui quatre champignonnistes subsistent sur nos terres. Ils se sont rassemblés, mettent en commun leur matériel et leurs techniques. Il existe plusieurs centrales de compostage, 3 dans notre région : Château Lavallière, Longué, Roiffé. Elles alimentent les 8 derniers champignonnistes de la région dont la Cave Vivante du Champignon.
 Interview d’un résistant, issu (et la gueule s’y prête) du dernier village… gaulois :
  • "le champignon va perdurer mais stagner." (Père Jules)
  • "Je prends la suite de mon père, je travaille dorénavant avec lui, c’est un métier captivant et vivant" (Julien Roulleau)
Quant à notre Gaulois, il aimerait partir avec sa cariole quelque temps à la découverte d’autres mondes. Chutt !
 
Pub! Venez découvrir la culture des champignons en troglodyte. Jacky Roulleau, champignonniste, vous accueille dans ses habitations troglodytiques du XVIe siècle où sont cultivés les champignons de Paris et sylvestres. Ensuite, le Père Jules vous conviera à la dégustation des vins du domaine familial du Clos Saint-Maur. Le vin et le champignon, une tradition, un grand moment de culture à partager en famille et entre amis.



Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Vendredi 25 Janvier 2013 à 07:54 | Lu 384 fois