Ulugh Beg, Samarcande

Les souterrains peuvent mener aux étoiles


S’il est un nom qui fait toujours rêver les voyageurs de tous les temps, c’est bien celui-ci, Samarcande… Etape sur la route de la Soie, elle est peuplée de mosquées et de mausolées tous plus somptueux les uns que les autres. Située en Ouzbekistan, la cité sortie des contes des mille et une nuits est classée au patrimoine mondial. Elle abrite une des constructions scientifiques les plus ingénieuses jamais construites, l’observatoire astronomique du Prince astronome Ulugh Beg…


Un quadrant souterrain tourné vers le ciel

Le prince ordonna la construction d’un observatoire, entre 1424 et 1429. Sans équivalents dans le monde connu de l’époque, ses instruments permettaient des mesures d’une précision incomparable et firent de Samarcande la capitale de l’observation des étoiles au XVe siècle. Avec un groupe d’experts, Ulugh Beg détermina les coordonnées de 1018 étoiles – la première entreprise de cette sorte depuis Ptolémée -, conçut des modes de calculs pour prévoir les éclipses et mesura l’année stellaire avec une précision telle que les calculs informatiques d’aujourd’hui ne font guère mieux.
 
Ce que l’on peut voir aujourd’hui est la partie souterraine d’un sextant géant, en fait le plus grand quadrant de 90° jamais vu, mais dont seuls 60° étaient utilisés. Profondément enroché afin de réduire les conséquences des séismes, l’arc subsistant de 11 mètres est constitué de deux parapets de marbre gradués en degrés et en minutes. Il se prolongeait à l’origine jusqu’au sommet d’un édifice de trois étages. Les pièces du rez-de-chaussée étaient surmontées d’arcades servant d’instruments astronomiques. 
 
D’après un voyageur de l’époque : « Sur les murs de l’édifice étaient peintes des sphères célestes avec leurs degrés, minutes, secondes et 1/60e de seconde – ainsi que des étoiles fixes. Il y avait des tableaux de géographie universelle représentant les zones des climats de la terre, les montagnes, les déserts et les mers. Tout ceci présenté par des dessins ravissants et des figures géométriques inégalables. »
 


Un foyer de science

L’observatoire de Samarcande disposait du plus gigantesque quadrant jamais construit (40 mètres de rayon, mais limité à 60 degrés), permettant de mesurer la déclinaison des objets célestes avec une précision de quelques millièmes de degrés. Ainsi la détermination des positions extrêmes occupées par le soleil au cours d’une année permit à Ulugh Beg de calculer l’inclinaison de l’axe de rotation de la terre par rapport au plan de sa trajectoire, qu’il trouva égal à 23°30’17’’, soit moins de 0.4 pour mille de différence d’avec la valeur exacte ! 
 Bien d’autres instruments (machine parallactique, sphère armillaire, etc.) assurent alors la célébrité de l’observatoire d’Ulugh Beg. Ils permettront d’élaborer différentes méthodes de mesure du temps fondées sur l’observation des objets célestes et aussi de mettre au point des techniques expérimentales qui marquent une étape importante dans l’évolution de l’astronomie. Parmi les succès les plus marquants dus aux installations disponibles à Samarcande, il faut citer l’établissement des tables donnant, avec la meilleure précision connue à l’époque, les mouvements de la lune, du soleil et des planètes, ainsi que les coordonnées de plus de mille étoiles. L’organisation et le fonctionnement de l’observatoire de Samarcande influencèrent considérablement la création d’installations semblables en Europe et en Inde, et finalement tout le développement de la science astronomique.
 
 


Un prince martyrisé

Mais qui donc était ce prince astronome ?
Né le jour de l’équinoxe de printemps 1394, Mohammed Taragaï, nommé Ulugh Beg, « le grand-duc » par son grand-père Tamerlan, est marié à 10 ans et devient vice-roi de Samarcande, seigneur de Transoxiane. La passion du jeune homme pour les mathématiques, l’histoire, la théologie, la médecine, la poésie et la musique a donné à la ville une réputation de science et de culture qui attira l’astronome turc Zadeh Rumi, auprès duquel Ulugh Beg trouva sa science de prédilection.
Comme Galilée deux siècles plus tard, il défia l’orthodoxie religieuse avec des affirmations d’une laïcité audacieuse, voire hérétique : « les religions se dissipent comme le brouillard, les royaumes disparaissent, mais les travaux des scientifiques s’inscrivent dans l’éternité.»  Soutenu par le clergé officiel, Ulugh Beg bâtit plusieurs medersas et mosquées, mais il ne réussit pas à contrer l’hostilité et le pouvoir croissant des derviches soufis. Au décès de son père, en 1447, le nouveau chef du royaume timouride fut vite dépassé par les événements ; ceux-ci confirmèrent en lui l’érudit lettré, mais non un dirigeant suffisamment déterminé. Critiqué pour le comportement indiscipliné de son fils Abdelaziz, plusieurs fois vaincu dans des batailles, Ulugh Beg fut arrêté en octobre 1449 par son autre fils Abdellatif. Une cour secrète de derviches l’envoya en pèlerinage à La Mecque, mais au premier village hors de Samarcande, il fut rattrapé et décapité avec la complicité d’Abdellatif.
Ali Kutchi, collaborateur scientifique d’Ulugh Beg, s’enfuit à Constantinople, où l’atlas stellaire du martyr fut publié, puis largement acclamé à travers le monde musulman. Alors que ces tables de coordonnées n’ont atteint l’Europe qu’au milieu du XVIIe siècle, suite aux découvertes de Tycho Brache vers 1600, l’observatoire d’Ulugh Beg était toujours imité en Inde au XVIIIe siècle.
 Ce n’est qu’en 1908 que l’archéologue russe amateur Viatkine découvrit l’emplacement de l’observatoire au terme de longues recherches. Aujourd’hui, le site abrite un musée dédié au génie du prince astronome. Le sextant est désormais abrité sous une voûte couvrant le centre de l’observatoire.
 
Encore une destination à mettre sur notre carnet de route…
L.T.


 

"Bon ! c'est quand tu veux, Lady Trog !" ... Je z'yeute le prix des billets pour les étoiles !

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Rédigé par Renée Frank le Vendredi 19 Février 2016 à 07:43 | Lu 191 fois