Sidi Rbat, village de grottes

Globe troglo, en direct d'Aglou


Des marches du Palais royal d’Agadir à la plage d’ Aglou, le Parc Naturel de Souss Massa s’étire le long de la côte sur 60km : un sanctuaire de 1200ha dédié à la protection de la faune sauvage et en particulier aux 250 espèces d’oiseaux migrateurs en transit entre l’Europe et l’Afrique. La côte est creusée de milliers de grottes. Certaines sont recensées et abritent des pêcheurs, anges garde-côtes vigilants de l’environnement. Parmi eux, Abdallah Azakouc ,à Sidi Rbat.


L'homme aux 300 grottes

Abdallah a 60 ans, le visage buriné par le sel et la mer : 44 ans de séjour au bord de la plage et 300 grottes creusées à son actif. Un petit homme sec et souriant, ancien athlète qui soigne ses rhumatismes dans le sable chaud. C’est notre guide Lahocine qui nous emmène prendre le thé chez son ami. Les grottes sont ici à un faible niveau au-dessus de la mer, à la différence des falaises d’Aglou, le repaire des Trogs. La cabane cimentée qui abritait les toilettes a été emportée l’hiver dernier par la tempête.  Difficile d’imaginer la mer déchaînée en ce bel après-midi de fin de printemps : le vent souffle ici moins fort qu’à Aglou et le sable blanc donne un caractère paradisiaque à cette crique bordée de grottes. Celles-ci ont des auvents souvent recouverts de filets de pêche. La cuisine est construite sur la terrasse et l’on prend ses repas à l’extérieur. Il faut dire que les grottes sont moins profondes et donc moins spacieuses qu’à  Aglou (en moyenne 5,5m de long sur 2,60m de large contre 7 à 8m sur 4m de large).

Ici point de citerne : il suffit de creuser des puits. L’eau douce est là, à 5m sous le sable… Abdallah nous  montre ceux qu’il a creusés : le plus profond, dont on aperçoit à peine le fond a été creusé en 5 jours ! Quant aux grottes, cela lui prend  5 à 6 jours, avec un ouvrier qui l’aide à sortir le sable de  la cavité. Une force de la nature, cet Abdallah, malgré son allure frêle et débonnaire.

C'est combien la grotte?

Mais combien cela vous en coûtera-t-il si vous souhaitez faire appel à ce creuseur de grottes ? 10.000 dirhams, soit 1000 euros juste  pour la grotte de 2,60m sur 4m. Après, il faut prévoir la maçonnerie extérieure et les commodités : la terrasse, l’auvent, les toilettes, la cuisine…  Ses outils ? Un pic en acier et un marteau…  « Safi ! ».
Quand il ne creuse pas, Abdallah pêche : le loup moucheté, le sarre, la sole, la murène, et bien sûr le poulpe et les moules. 5 enfants et plusieurs petits enfants, un divorce ( il trouve les femmes  trop bavardes…), et une vie au bord  de l’eau. Il n’a jamais été plus loin qu’Agadir qu’il trouve pollué et bruyant. Je ferme les yeux et j’essaye d’imaginer un instant notre pêcheur perdu dans Paris. Avec lui, on aurait une ligne nouvelle de métro chaque année. Digne d’être intronisé dans la Confrérie du Monde Souterrain ou d’être décoré du grand cordon de la Taupe d’Honneur.

La carcasse de baleine

Voici venue l’heure de la prière. Sur la plage, point besoin de tapis de cérémonie. Un homme sur le sable accomplit les rites, agenouillé sur le sable. Un moment sacré, qui impose le silence. Puis Abdallah, sentant qu’il peut nous faire confiance, prend un air mystérieux de comploteur et propose de nous montrer une curiosité cachée sous des bâches à l’abri de la falaise : une grande baleine s’est échouée sur la plage il y a 2 ans. Les pêcheurs vendent aux touristes des vertèbres géantes qui sentent encore l’animal.  Pour 400 dirhams, tu te fais une table originale, mais bof,  c’est pas trop mon truc.
 
Avant de se quitter, on échange les adresses : nous avons la grotte 475, à l’entrée sud du Parc. Abdallah est à la grotte 801, à Sidi Rbat. On se reverra, Inch’Allah.
 
Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Samedi 7 Juin 2014 à 05:31 | Lu 383 fois