Mémoire d’outre-troglos


Les Trogs ont décidé de faire parler Marie-Ange et Manuel Marquès, un couple à l’accueil généreux et simple qui m’offre un somptueux cadeau, leur mémoire ouverte à ma requête. Il s’agit de remonter le temps, à la poursuite de l’abbé Brevet et d’aller retrouver le Dampierre d’antan et le cinéma d’un autre temps. L’émotion est là, inscrite dans la mémoire du tuffeau.


Marie Ange : une enfance heureuse

Elle aurait pu avoir une vie plus difficile si l’abbé Brevet n’avait croisé la route de sa mère, célibataire. Le curé devient le « père » de la petite Marie Ange qu’il recueille en pension et fait travailler la mère chez lui : la bonne du curé. La petite va être ainsi élevée jusqu’à ses dix huit ans, avec une autre jeune homme, Dominique Soreau.
Viennent les moments de fêtes, les kermesses, les spectacles de Noël et bien sûr le cinéma. Parfois le père Brevet organise des voyages, la voiture est conduite par un jeune homme d’origine portugaise, Manuel…

Manuel : on the road again !

Mémoire d’outre-troglos
Manuel: un parcours de vie étonnant. Immigré clandestin, il arrive en France dans les années 68,  il erre de ville en ville en quête de travail. Il laisse derrière lui son pays natal et l’impossibilité de poursuivre ses études, trop chères pour être assumées par son père. Arrivé dans le Saumurois, il rejoint ses compatriotes portugais attirés en France pour travailler dans les champignonnières. Il rencontre Jean Brevet et devient son chauffeur. Il aide à la livraison des sacs postaux, va faire la récolte journalière des enfants et rencontre Marie Ange. Les deux jeunes sont encore mineurs, il leur faudra attendre.
Aujourd’hui le transport est devenu son activité principale : il est en charge de la direction technique d’Agglobus et exerce également la fonction de troisième adjoint de sa commune de Souzay-Champigny où il réside en compagnie de sa femme, Marie Ange.

L’abbé : l’âme du village

Mémoire d’outre-troglos
C’est Jean Brevet qui les marie, dès leur majorité. Le couple voue une admiration sans limites au prêtre qu’ils considèrent comme l’âme du village. Il faut dire que le curé se démène comme un beau diable : les transports scolaires des petits, la cantine, la messe, le catéchisme, l’organisation des spectacles, les sacs postaux… Il rend service, s’invite au café chez les uns, chez les autres et devient un lien social incontournable. Il emmène les enfants au bord de la mer à Saint Gilles Croix de Vie, se rend au Portugal pour officier à une célébration religieuse… Tout le monde se souvient de « Tonton », de son éternel paquet de tabac gris, de ses cigarettes roulées et du cinéma en cave.

De quoi en faire un cinéma, la vie de quartier

A l’époque, on ne parle pas de troglos, on parle de caves dévolues aux réunions, aux concerts discrètement organisés. On n’évoque guère la sécurité ou l’insécurité d’ailleurs. Le risque zéro n’existe pas encore… Alors, un cinéma en cave ne pose guère de problème : il y a une issue de secours, une petite entrée sous roche, le guichet bétonné pour la caissière de fortune lors des quelques spectacles payants et le cinéma gratuit une fois par mois. Les trogs avaient vu juste : Zorro cotoie Charlot, Laurel et Hardy, le super huit crépite.. Le choix du prêtre, passionné de cinéma lui-même, s’oriente vers les films comiques. Le cinéma de quartier rassemble essentiellement la population de Dampierre, Chaintres et Souzay. L’impasse de la cure très vivante abritait nombre de spectacles auxquels participaient les enfants enx-mêmes à l’occasion de la Fête annuelle de Noël. Nous sommes en milieu rural, la ville de Saumur est lointaine. « Tonton a de l’avance sur la culture » comme me le confient deux autres spectateurs de l’époque, Michel et Philippe Léquippée qui habitent toujours Dampierre.

Hommage, ô désespoir, oh villages endormis

Il était une fois un petit village essentiellement rural qui vivait dignement et recelait deux cafés dont l’un était très prisé par les jeunes pour cause de « baby-foot » et de « flipper »… On y trouvait aussi une épicerie, une boucherie, une station d’essence et… une poste.
C’était un temps où les voitures étaient rares, où l’on découvrait les premiers tracteurs : le curé avait d’ailleurs monté sur son break 403 ou sur son estafette une énorme chambre à air et le véhicule, ruisselant de gamins, les emmenait se baigner dans un étang proche…
C’était un temps où les villages avaient une âme.
Le cinéma a vécu, le Pére Brevet aussi. Ils ont emporté avec eux la voix du village maintenant silencieusement endormi.
C’était le temps du cinéma muet et Dampierre vocalisait.
 
Merci à Patricia, Philippe, Michel Léquippée, à Marie Ange et Manuel Marquès pour leurs généreux témoignages.
Mémoire d’outre-troglos


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Samedi 15 Décembre 2012 à 11:48 | Lu 311 fois