Les nuits de Matera (3)


Après le raffinement de l’auberge Sant Angelo et le dénuement sublime des Grottes de la Civita, il nous restait une dernière nuit pour découvrir la Locanda de San Martino, choisie pour ses thermes souterrains. Ouvert en 2002 par Antonio Panetta et son épouse américaine, il s’agit probablement du premier projet d’hôtellerie de prestige à Matera. Sa réputation semble dépasser les frontières, loin jusqu’à Tokyo, car nous avons partagé la salle du petit déjeuner avec plusieurs clients japonais. Voici donc l’histoire de notre troisième et dernière nuit…


Une chambre avec vue

Les nuits de Matera (3)
La Locanda est située à l’intérieur de la vieille ville, à la différence des autres auberges où nous avons dormi qui dominaient la vallée de la Gravine. C’est donc sur les ruelles tortueuses du Sasso Barisano  et sur le clocher de  la cathédrale que s’ouvrent les fenêtres et les terrasses étagées, avec 32 chambres et suites qui s’imbriquent sur 4 niveaux.
Demandez plutôt une casa grotta car les chambres les plus hautes perchées ne s’enfoncent pas forcément sous le coteau et, même si les murs sont voûtés, elles ne sont pas toutes troglos. Après avoir visité plusieurs chambres, nous avons choisi la n° 7, celle dite « de l’archevêque », dotée d’une citerne et d’une hauteur de plafond sous roche impressionnante. Mais ce qui fait l’intérêt principal de la Locanda, ce sont  ses piscines souterraines. Nous connaissions celle de la Vignole à Turquant (49), creusée dans la roche. Celles de Matera sont d’anciennes citernes transformées en thermes dédiées au mythe de la Méduse. Une expérience inoubliable.

Les thermes de la Méduse

Les nuits de Matera (3)
Si Matera est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, c’est aussi grâce à son exceptionnel réseau de galeries et citernes souterraines creusées sous l’ensemble de la ville. Des canaux récoltaient les eaux de pluie de l’extérieur vers l’intérieur, et les acheminaient en pente douce vers des citernes successives servant de filtres purificateurs, cela  jusqu’à la dernière citerne destinée à l’eau potable, dont les parois étaient recouvertes de terre cuite.
Certaines de ces chambres souterraines avaient des dimensions monumentales. Ces techniques furent vraisemblablement apportées par quelque envahisseur venu du Moyen Orient  qui traversa la péninsule au cours des siècles passés. C’est en rénovant l’hôtel que les propriétaires  découvrirent ce vaste réseau souterrain, oublié et rempli de sédiments accumulés par le temps et l’indifférence. Une fois dégagé, il contient une succession de cinq citernes, dont trois ont été remises en eau, formant une longue piscine voûtée, ou frigidarium à 29°, dernière étape du rite ancestral des bains romains. On pénètre en effet d’abord dans l’apodyterium, destiné à se libérer des affres de la vie quotidienne, lieu de méditation et de purification, également situé dans une citerne ovale. Après être passé dans l’anti-tepidarium, on peut essayer le sauna sec, se délasser dans le jaccuzzi ou tepidarium et revenir dans le calidarium ou hammam, avant de se détendre dans la piscine.  Les jeux de lumières sur les voûtes et la pureté des eaux souterraines vous emmènent très loin, dans un voyage initiatique dans les bras de la Méduse…

Les Mille et une nuits de Matera

Les nuits de Matera (3)
Je pourrais aussi vous parler des ruelles obscures, comme la via Fiorentini qui débouche sur un restaurant qui porte bien son nom : La Talpa, c’est-à-dire La Taupe, à quelques pas de la Locanda de San Martino. Je vous conseille la purée de fèves et de chicorée sauvage, très roborative après un bon bain. Mister Trog, quant à lui, n’a pas été déçu par sa pizza troglo. Le Panecotto, autre restaurant et magasin bio en cave, fera lui, l’objet d’un article en soi.
Et puis nous avons repéré, faute de les avoir essayées, plusieurs chambres d’hôtes sympathiques, dont La Corte dei Pastri, située vico Bruno Buozzi. Un autre hôtel intéressant également, très bien situé au bord des falaises et du plus ancien quartier de caves le Sasso Caveoso : l’hôtel Basiliani, à l’austère façade troglo, mais à la déco très contemporaine : les chambres blanches sont lumineuses et se déclinent en  mezzanine. De quoi passer d’autres belles soirées en perspective.
 
Si Matera était la ville des Mille et une nuits, je voudrais bien être Shéhérazade et y revenir pour les neuf cent quatre vingt dix huit nuits qu’il me reste à  raconter au grand Vizir…
 
 Lady Trog
 
 
www.locandadisanmartino.it
www.basilianihotel.com
 


Rédigé par Renée Frank le Mardi 3 Avril 2012 à 05:18 | Lu 793 fois