Le « tufo » de Matera


Le développement de Matera s’explique par ses caractéristiques géologiques : une bande de tuf tendre est située entre 350 et 400 mètres au-dessus du fond de la vallée où serpente la Gravina qui a creusé le calcaire du plateau des Murges.
A chacun son « tufo ». Nous avons le nôtre, tour à tour romantique, menaçant, voire torturé ou abandonné, et consolidé. Ils ont le leur, dénommé « tufo », qui a permis de développer l’habitat, avant les carrières, question de nécessité. L’habitat refuge avait ses priorités. Malgré ces différences, il a été depuis « sacralisé ». D’où vient-il ce tufo italien ?
Suivez donc Mister Trog, appelé depuis peu « professeur La Taupe » à la découverte de cette chère pierre tendre.


Tufo ne veut pas dire tuffeau

Le « tufo » de Matera
La « murgia tuf » est calcaire, un sédiment de carbonate doux et blanc, parfois jaunâtre, facile à travailler, stable, de sorte qu’il a été facile de le creuser depuis des temps préhistoriques. C’est une pierre pulvérulente (en minéralogie, la pulvérulence désigne une texture caractérisant des masses de minéraux en grains très fins, faiblement agrégés), à forte prépondérance de carbonate de calcium, très poreuse, présentant des altérations volcaniques, basaltiques, porphyriques ou siliceux, accumulées grâce à l’eau sur des aspérités végétales.
 

Comment le tufo traverse les siècles

Le « tufo » de Matera
La « murgia tuf » traverse les âges. Dès l’Age de bronze, on a les témoignages de creusement et de tombes souterraines mais aussi de maisons. Les blocs de calcaire extraits furent utilisés  pour la construction de murs et de tours. Les aménagements étaient plus faciles à réaliser sur les côtés des ravins où affleurait une couche de tuf plus tendre. Par la suite, au fil du temps, l’extraction s’emplifia. Les blocs furent extraits et utilisés pour la construction, parements extérieurs des grottes, construction des églises. Les carrières se développent au fil des besoins du temps. L’extraction était réalisée au moyen d’une simple pioche. Les blocs extraits étaient acheminés à dos de mulet ou au moyen de crochets. Pendant les pauses, il arrivait que les ouvriers, puis des artistes taillent, sculptent avec des ciseaux « mazzole », décorent les lieux, les agrémentent de frises, d’ornements, de rosettes. Le travail manuel se développe dans les sassi. Matera, creusée dans le « tufo », a été construite dans cette pierre.
 

Le tufo moderne

Le « tufo » de Matera
La « murgia tuf »  s’exploite et s’exporte. Ces pierres, taillées, coupées, développent le savoir faire de maîtres maçons et d’artisans qui « boostent » l’économie locale : cheminées, gargouilles, fontaines corniches, cariatides, croix et saints. Si les anciens maîtres maçons ont aujourd’hui disparus, le relais a été repris par les artisans et les carriers pour les besoins de restauration des habitations, des églises et édifices du 19ème siècle, ainsi que de l’abbaye de Montescaglioso. Ainsi au sortir de la ville,  non loin de la vallée élargie par la Gravina, et à l’entrée même du Parco de la Murgia, un certain nombre d’établissements … font carrières, à ciel ouvert.
 
A suivre.
 


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Mardi 10 Avril 2012 à 05:59 | Lu 674 fois