Le bunker de Hitler (1)


Beaucoup d'encre a coulé pour éclaircir le mystère des derniers jours du dictateur devenu fou au fond de son bunker. Dans un livre intitulé "Les derniers jours de Hitler" , l'historien allemand Joachim Fest retrace la sombre histoire du Fürher pris comme un rat à son propre piège.


L'obsession du dictateur

Au mois de janvier 1945, après l'échec de l'offensive des Ardennes, Hitler avait regagné Berlin. Il s'était d'abord installé à la nouvelle chancellerie, mais les raids aériens constants n'avaient pas tardé à l'en chasser. Il s'était alors réfugié dans le bunker souterrain ; selon les dires de plus d'un observateur, il y avait trouvé un cadre à sa mesure, où il pouvait être pleinement lui-même. Les sentiments complexes de peur et de persécution qui l'avaient poursuivi tout au long de sa vie avaient commencé à prendre une forme concrète en 1933 lorsque, quelques mois après avoir été nommé chancelier, il avait fait effectuer divers travaux à la chancellerie, dont le plus urgent était la construction d'une sorte de blockhaus souterrain prolongeant les caves de l'édifice. C'était devenu pour Hitler une véritable obsession, comme en témoignent notamment ses entretiens avec l'architecte officiel du régime, Albert Speer, au cours desquels il ne cessait de projeter des "bunkers, encore et toujours des bunkers". La salle de réception qu'il avait fait construire derrière  la chancellerie par l'architecte Leonhard Gall en 1935 comportait déjà un abri anti aérien protégé par une dalle de béton de près de 2,50m d'épaisseur, qui fut par la suite renforcée par une dalle supplémentaire d' 1m. Trois ans plus tard, lorsque Albert Speer construisit la nouvelle chancellerie, d'autres casemates vinrent s'y ajouter. Dans les sous-sols des bâtiments, un réseau de plus de 90 cellules en béton s'étendait sur toute la longueur de la Vossstrasse. Cet ensemble état relié à l'abri de la salle de réception par un couloir souterrain d'environ 80m de long.

Le "Vorbunker"

Lorsque la catastrophe hivernale aux portes de Moscou, fin 1941, exacerba de nouveau les peurs viscérales de Hitler, ce vaste système de bunkers souterrains lui parut insuffisant. Alors qu'à cette époque ses armées occupaient des territoires immenses s'étendant de Stalingrad et de Hammerfest jusqu'à Tripoli, il chargea en 1942 le bureau de Speer de préparer les plans d'une "catacombe" qui serait plus profonde de plusieurs mètres. Ce nouveau bunker donnait directement sur l'abri anti aérien situé sous la salle de réception. Qualifié depuis de "Vorbunker" (avant-bunker, ou niveau supérieur du bunker), ce dernier fut modifié de sorte à abriter une cantine pour les collaborateurs de Hitler, quelques chambres et pièces de séjour, les chambres du personnel et la cuisine, 16 pièces au total. [...]
Au tout début de 1945, le massif bloc de béton du "Fürherbunker" était pratiquement fini.
Le vaste complexe situé sous la nouvelle chancellerie comportait des logements destinés aux principaux collaborateurs de Hitler [...]. On y trouvait aussi les secrétaires de Hitler, les hommes de sa garde personnelle et ses aides de camp, les télégraphistes, les cartographes et divers membres du personnel. Il y avait également un petit hôpital ; dans une autre partie du bunker avait été installé un refuge permettant d'accueillir des victimes des bombardements, des femmes enceintes et quelques 200 enfants.[...]
Le "Fürherbunker" était relié au "vorbunker" par un escalier à vis. Les mesures exactes, notamment celles de la couverture de béton, ne peuvent plus être déterminées. Etant donné que la dalle de béton de 2m d'épaisseur se trouvait à environ 12m sous les jardins de la chancellerie, et qu'il faut tenir compte du niveau intermédiaire de près de 3m de haut abritant les réserves et les installations techniques, l'épaisseur de plafond totale de près de 4m, estimation souvent mentionnée, semble être exacte.

Le "Fürher bunker"

Usant d'une formule inoubliable, le premier biographe de Hitler; Konrad Heiden, avait dès le début des années 1930, caractérisé la nature intime du Fürher et de son mouvement, ce mélange de pathos, de vantardise et d'agressivité, comme une "fuite dans la légende". Maintenant que Hitler s'était retiré dans le bunker, d'où il ne cessait de diffuser des slogans de victoire, cette remarque que beaucoup avaient jugée excessive, voire absurde se révélait d'une parfaite exactitude.

Le bunker du Führer proprement dit comportait près de 20 petites pièces sommairement meublées.


Le sinistre décor  de la tragédie de la fin de la 2ème Guerre mondiale est planté. Cette quête obsessionnelle d'un univers souterrain qui lui sera successivement refuge et piège, semble être  à l'image de la paranoïa du dictateur. Elle  illustre le lien de cause à effet entre sa folie meurtrière et son propre anéantissement.
A suivre...

L.T.



"Les derniers jours de Hitler"
Joachim Fest
Editions Tempus


Rédigé par Renée Frank le Mardi 23 Septembre 2014 à 19:22 | Lu 175 fois