Le blues du troglodyte, de Kenneth Cook (1/2)

Littérature souterraine


L’Australie, encore ! C’est un continent dont les Trogs se plaisent à parler… en attendant d’y aller :
Art pariétal dans le désert, Skype Space de James Turrell à Canberra (article 2086), mais aussi refuges souterrains et mines d’opale à Cooper Pedy (article 311), là où la température excessive oblige l’homme à se réfugier sous terre. Ces villages infernaux ont inspiré l’auteur Kenneth Cook pour son ouvrage « Le blues du troglodyte », petit bijou d’humour et de cynisme australien, aux éditions J’ai lu (en poche).


La radio des troglodytes

Simon Crown mène une vie solitaire et désabusée dans la petite ville minière de Ginger Whisker, et passe son temps entre la station de radio locale qu’il anime et la mine d’opale où il a investi. Quand il n’est pas au bar à boire avec ses congénères, dont le curé du patelin en plein doute existentiel, il se réfugie dans son antre, pour dormir et manger des œufs au bacon. L’arrivée d’une jeune femme sortie de nulle part va venir perturber sa vie médiocre, et les péripéties vont s’enchaîner, hors de son contrôle. Une fable drôle et triste à la fois. Extraits :
 
«  Vous écoutez Simon Crown, le troglodyte authentique, sur les ondes de 7 K.B., la radio de Ginger Whisker… porte-voix de l’homme souterrain ; Il est dix-sept heures trente. »
Tout est dit. J’éteins le micro et lance le disque suivant.[…]. Il fait sombre et frais ici. Frais parce que, pour une fois la climatisation semble fonctionner, et sombre parce qu’il n’y a aucune fenêtre dans le studio et que la petite ampoule de la platine me suffit. Dans une demi-heure, je sortirai d’ici et la chaleur dépassera les cent vingt degrés Fahrenheit. C’est impensable. […]. Je sais ce que je vais faire, je vais traverser la rue principale et filer au pub en gardant les yeux fermés pour éviter d’être aveuglé par la fournaise qui m’attend. Je suis à l’antenne depuis midi et j’ai besoin d’une bière.[…]
Ginger Whisker m’attend. La ville de Ginger Whisker s’étend aux portes de ma cellule sombre et fraîche Comme une bête maléfique qui m’abrite momentanément, en sécurité, au creux de son ventre. Pour m’en échapper, d’une manière ou d’une autre, je dois traverser des territoires hostiles.
 
 

Lhistoire de Bill le vieux

Le décor est planté.  Rien d’autre à faire que d’attendre la nuit. Il paraît qu’à Cooper Pedy, ville réelle qui inspire le décor de Ginger Whisker, les balles de golf sont lumineuses parce qu’on ne joue que la nuit… Simon Crown, lui se réfugie dans son troglo :
 
Je suis presque arrivé chez moi. « Chez moi », c’est un trou sous la terre. Presque toute la population de Ginger Whisker habite dans des maisons troglodytes, ce qui explique pourquoi la ville semble si petite. Ici, le sol est tellement sec que si l’on veut s’y installer, on trouve un petit monticule et on se creuse une caverne. Les riches peuvent louer des machines et bâtir plusieurs pièces. Les pauvres creusent à la pelle et se contentent d’une grotte. Je suis locataire de la mienne. C’est un riche qui l’a fait construire et elle comprend plusieurs pièces –cuisine, salle de bain, toilettes – le téléphone, l’électricité, tout le nécessaire. L’ensemble en souterrain, avec un puits pour la ventilation et un autre plus profond, qui part de la salle de bain et des toilettes pour éliminer nos résidus d’humanité. Ces puits m’inquiètent depuis l’accident fatal du vieux Bill Anderson. Tranquillement assis sur le trône, il a décidé d’allumer une cigarette. Il a laissé tomber l’allumette dans le trou, embrasant ainsi un mélange improbable de gaz. L’explosion a complètement soufflé le plafond de la cave et pulvérisé le vieux Bill. Ginger Whisker en a rigolé pendant une semaine. […]
 
Nous vivons donc comme des taupes ou plutôt comme des wonbats, puisque nous sommes australiens. Quoi qu’il en soit, il fait plus frais sous terre que dans les maisons. Et encore plus frais si vous pouvez climatiser votre terrier. J’ai ces foutus logements en horreur, ils me font penser à des tombes. Remarquez, beaucoup de choses me font penser à des tombes en ce moment.
Mais qu’est-ce que je suis venu foutre dans ce satané trou perdu… Et j’utilise le mot trou au sens littéral du terme.

Les taupes et les wombats

Voilà pour l’ambiance. Ca vous donne envie d’y aller ? Bon, la suite des aventures de Simon crown au prochain épisode.
 
 
Lexique :
Le degré Fahrenheit (symbole : °F) est une unité de mesure de la température, proposée par le physicien allemand Daniel Gabriel Fahrenheit en 1724. Historiquement, dans cette échelle, le point de fusion de l’eau était de 32 degrés et son point d’ébullition de 212 degrés. Aujourd'hui, l'échelle Fahrenheit est calée sur l'échelle Celsius par la relation T(°F) = 1,8 T(°C) + 32c
120 ° F font donc presque 49° celsius !
 
D’après wikipédia, les wombats forment une famille de mammifères marsupiaux. Ils vivent dans les forêts montagneuses d’Australie, où ils creusent de vastes terriers. Les wombats pèsent entre 15 et 40 kg.
 
L.T.
 

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Rédigé par Renée Frank le Mardi 24 Mai 2016 à 09:29 | Lu 162 fois