Lanzarote dans la littérature (1)

Voyage et littérature


En me renseignant sur la littérature relative aux îles Canaries, avant d’y entreprendre le voyage, je suis tombée sur le délicieux texte de M. Houellebecq sur Lanzarote. Au risque de décourager les voyageurs non motivés, voire pour chasser les touristes inopportuns, je ne résiste pas au plaisir de partager des extraits de ce texte avec vous.


Extraits:
« Si elle peut difficilement rivaliser avec Corfou et Ibiza dans le segment des vacances crazy techno afternoons, Lanzarote peut encore moins, pour des raisons évidentes, se prêter au tourisme vert. Une dernière carte aurait pu s’offrir à l’île, celui de tourisme culturel – dont sont friands de nombreux enseignants à la retraite, et autres seniors milieu de gamme. Sur une île espagnole, on pourrait s’attendre à rencontrer quelques vestiges (couvents baroques, forteresses médiévales, etc.). Malheureusement, l’ensemble de ces belles choses a été détruit entre 1730 et 1732 par une succession de tremblements de terre et d’irruptions volcaniques d’une violence inouïe. Donc, pour le tourisme culturel, tintin. »
Ainsi commence la description de Michel Houellebecq à propos de la sublime île volcanique de Lanzarote. Il est vrai que depuis son passage, des sites touristiques ont été ouverts au public, cela à l’initiative de César Manrique, artiste local que nous vous avons déjà présenté et qui s’est battu pour que son île ne soit pas transformée en plateforme bétonnée comme certaines de ses voisines telles que Ténérife. L’auteur enfonce le clou...
 

" Compte tenu de la faiblesse de ses atouts, il n’est guère surprenant de voir Lanzarote fréquentée par une population équivoque de retraités anglo-saxons, flanqués de fantomatiques touristes norvégiens (dont l’unique raison d’être semble d’accréditer cette légende selon laquelle on aurait vu des gens se baigner en janvier).[…] Après avoir inventé le tourisme à Lanzarote dès le début des années 1950, ils ont déserté l’île, située à l’extrême sud de leur désir – comme l’aurait dit André Breton dans l’un de ses bons jours. Les habitants en conservent un souvenir ému, ainsi qu’en témoignent certains menus aux lettres presque effacées par le temps, rédigés en langue norvégienne, placardés à l’entrée de restaurant le plus souvent déserts. Dans la suite de ce texte, on pourra s’abstenir de mentionner les Norvégiens.
[…]. L’Anglais se rend dans un lieu de vacances uniquement parce qu’il est certain d’y rencontrer d’autres Anglais. Il se situe en cela à l’exact opposé du Français, être vain, si épris de lui-même, que la rencontre d’un compatriote à l’étranger lui est proprement insupportable. Dans ce sens, Lanzarote est une destination qu’on peut recommander aux Français. On peut même spécialement la recommander aux poètes hermétiques français, qui auront tout loisir d’y produire des pièces du style :
Ombre,
Ombre de l’ombre,
Traces sur un rocher.
Caillou,
Petit caillou,
Tu respires.
 
Ayant réglé le cas du poète hermétique français, je peux maintenant m’intéresser au touriste français ordinaire. Privé de son guide du Routard habituel, le touriste français risque, il faut le reconnaître, d’éprouver rapidement à Lanzarote tous les signes d’un ennui solide. […].
Or les attractions touristiques de Lanzarote sont peu nombreuses ; elles sont au nombre de deux. »


Bon, voilà qui aurait de quoi décourager effectivement le touriste de base, mais au contraire d’attiser la curiosité des Trogs en quête de terres âpres, de paysages lunaires, de bouts du monde et de grottes…
 
A suivre.
 
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L.T.
 



Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Mercredi 5 Octobre 2016 à 08:47 | Lu 100 fois