La grotte de Mohammed


Après la chaleur de Taroudant, direction le Sud, vers Tiznit. Là, on bifurque à l’Ouest jusqu’à la façade atlantique... à travers un paysage désertique. Nous avons rendez-vous avec notre guide Brahim pour récupérer les clés de Mer’Roc ou d’une grotte voisine à Aglou Plage. Ce sera finalement chez Mohammed que nous atterrissons. Une grotte aménagée avec le strict minimum, face aux embruns. Nous avons trouvé le paradis que nous recherchions.


Aglou plage

La grotte de Mohammed
Entre l’ambiance des planches de Deauville hors saison et la vacuité d’Atlantic city, la plage de sable étire son ruban de vagues en attente de surfeurs. Des femmes voilées se promènent nonchalamment parmi les pêcheurs à la ligne. Une fête foraine sortie d’un décor de Fellini attend le coucher du soleil pour réveiller son manège endormi. A quelques encablures au nord de la plage, on aperçoit de petites constructions qui semblent accrochées au-dessus des dunes comme un balcon sur l’océan. Ce sont les grottes de pêcheurs, aujourd’hui pour la plupart réaménagées en résidences de loisirs, même si certaines servent encore de hangar à bateau sur le port. Les grottes sont creusées dans la roche sédimentaire qui ressemble à du falun, mais percée de trous comme un guyère. Certaines sont surmontées d’un, voire deux étages, et parfois d’une terrasse, toutes couvertes de chaux blanche ou colorée. Un décor de carte postale, mais dont les teintes auraient été estompées par les intempéries et la corrosion inéluctable du sel. Car le climat peut être rude quand la tempête se lève au large d’Aglou. Aujourd’hui, les pêcheurs rentrent les filets en prévision d’un coup de vent. Mais, en ce mois d’août, le fond de l’air est chaud : le Sahara n’est pas loin.

La grotte de Mohamed

La grotte de Mohammed
Nous devions dormir à Mer’Roc, chez Daniel, mais le gîte n’est finalement pas libre. Brahim nous a trouvé une solution de repli qui ne nous convient pas : un bel appartement tout confort face à la plage. Je fais ma mauvaise tête, et Brahim finit par nous mener à une grotte au décor minimaliste. Nous nous engageons sur une piste au-delà de la coopérative de pêcheurs et le chemin semble plonger dans l’eau. Pourtant, au ras des dunes, surgissent du sable de petites constructions cubiques multicolores, certaines pimpantes, d’autres en chantier, d’autres décrépites. Mohammed, le maître des lieux, a aménagé la grotte pour sa famille. Il est professeur de sport à Agadir. Il vient ici pour la pêche. La pièce principale et la première terrasse ouvrent grands sur la mer, et l’océan arrive au pied de la maison à marée haute. Une citerne et un panneau solaire alimentent la grotte. Ici, chaque grotte porte un numéro. Il y en a plus de mille qui sont répertoriées le long de la côte.

Moules et pousse pied

La grotte de Mohammed
Nous dormirons par terre sur une natte dans un petit troglo délicieux, avec le bruit rugissant des vagues à nos pieds. A marée basse, j’accompagne Mohamed à la pêche aux moules. On ramasse aussi des pousse pied, ces sortes d’affreux mais délicieux petits mollusques accrochés aux rochers dans des eaux tumultueuses (ils valent une petite fortune dans les restaurants espagnols). Les vieux pêcheurs attrapent les poulpes avec une longue perche munie de multiples hameçons. Après quelques courses au souk et au marché de Tiznit, nous dégustons un repas de fruits de mer agrémenté de légumes et de fruits du cru. Le bonheur à l’état pur.  Nous avons trouvé le lieu idéal, qui allie à la fois le charme de la cabane au bord de l’eau, l’architecture troglo et la proximité grandiose du désert. Nous interrogeons Brahim : il y a des caves disponibles. Ici, elles ne sont pas à vendre : elles sont louées à l’Etat pendant 99 ans : c’est ce qu’on appelle un bail emphytéotique. Le prix est dérisoire comparé à ce qu’on trouve en Europe.
 
A suivre….

Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Jeudi 12 Septembre 2013 à 06:30 | Lu 149 fois