De la littérature souterraine : le comte de Monte-Cristo ( 4 et fin)


Edmond Dantès a retrouvé l’emplacement du trésor des Spada, suivant à la trace les indications de l’abbé Faria et se fiant à son intuition. Le but est si proche qu’il en a le vertige. Franchissons avec lui les derniers pas qui le séparent de son nouveau destin : comme une chrysalide devient papillon, Edmond Dantès le maudit devient le Comte de Monte Cristo, prêt à venger ceux qui on plongé sa vie dans la pénombre et le désespoir.


La première grotte

Chapitre XXIV, EBLOUISSEMENT (suite) / Extraits :

Au lieu des ténèbres qu’il s’était attendu à trouver, au lieu d’une atmosphère opaque et viciée, Dantès ne vit qu’une douce lueur décomposée en jour bleuâtre ; l’air et la lumière filtraient non seulement par l’ouverture qui venait d’être pratiquée, mais encore par des gerçures de rochers invisibles du sol extérieur, et à travers lesquelles on voyait l’azur du ciel où se jouaient les branches  tremblotantes des chênes verts et les ligaments épineux et rampants des ronces.
Après quelques secondes de séjour dans cette grotte, dont l’atmosphère plutôt tiède qu’humide, plutôt odorante que fade, était à la température de l’île ce que la lueur bleue était au soleil, le regard de Dantès, habitué, comme nous l’avons dit, aux ténèbres, put sonder les angles les plus reculés de la caverne : elle était de granit dont les facettes pailletées étincelaient comme des diamants.
- Hélas, se dit Edmond en souriant, voilà sans doute tous les trésors qu’aura laissé le cardinal, et ce bon abbé, en voyant en rêve ces murs tout resplendissants, se sera entretenu dans ses riches espérances.
Mais Dantès se rappela les termes du testament qu’il savait par cœur : « Dans l’angle le plus éloigné de la seconde ouverture », disait ce testament.
Dantès avait pénétré seulement dans la première grotte, il fallait maintenant chercher l’entrée de la seconde.

La deuxième grotte

Dantès s’orienta : cette seconde grotte devait naturellement s’enfoncer dans l’intérieur de l’île ; il examina les couches de pierres, et il alla frapper à une des parois qui lui parut celle où devait être cette ouverture, masquée sans doute pour plus grande précaution.
La pioche résonna pendant un instant, tirant un son mat dont la compacité faisait germer la sueur au front de Dantès ; enfin il sembla au mineur persévérant qu’une portion de la muraille granitique répondait par un écho plus sourd et plus profond à l’appel qui lui était fait ; il rapprocha son regard ardent de la muraille et reconnut, avec le tact du prisonnier, ce que nul autre n’eût reconnu peut-être : c’est qu’il devait y avoir là une ouverture. […]
Il frappa de nouveau et avec plus de force.
Alors il vit une chose singulière, c’st que, sous les coups de l’instrument, une espèce d’enduit, pareil à celui qu’on applique sur les murailles pour peindre à fresque, se soulevait et tombait en écailles, découvrant une pierre blanchâtre et molle, pareille à nos pierres de taille ordinaires. On avait fermé l’ouverture du rocher avec des pierres d’une autre nature, puis on avait étendu sur ces pierres cet enduit, puis sur cet enduit on avait imité la teinte et le cristallin du granit.
Dantès frappa alors par le bout aigu de la pioche, qui entra d’un pouce dans la porte-muraille.
C’était là qu’il fallait fouiller. […]
Cette seconde grotte était plus basse, plus sombre et d’un aspect plus effrayant que la première ; l’air, qui n’y pénétrait que par l’ouverture pratiquée à  l’instant même, avait cette odeur méphitique que Dantès s’était étonné de ne pas trouver dans la première. Dantès donna le temps à l’air extérieur d’aller raviver cette atmosphère morte et entra.

Le coffre en bois

A gauche de l’ouverture était un angle profond et sombre.[…]
Le trésor, s’il existait, était enterré dans cet angle sombre.
L’heure de l’angoisse était arrivée ; deux pieds de terre à fouiller, c’était tout ce qui restait à Dantès entre la suprême joie et le suprême désespoir.
Il s’avança vers l’angle, et, comme pris d’une résolution subite, il attaqua le sol hardiment.
Au cinquième ou sixième coup de pioche le fer résonna sur du fer.
Jamais tocsin funèbre, jamais glas frémissant ne produisit pareil effet sur celui qui l’entendit. Dantès n’aurait rien rencontré qu’il ne fût certes pas devenu plus pâle.
Il sonda à côté de l’endroit où il avait sondé déjà, et rencontra la même résistance mais non pas le même son.
- C’est un coffre de bois cerclé de fer, se dit-il. […]
Il planta sa torche dans la terre et se remit à l’œuvre.
 

 
Bon, on ne va tout de même pas tout vous dévoiler…
Je vous passe le relai, là-bas, au fond de la grotte de l’île de Monte-Cristo, afin que vous puissiez suivre la rédemption et la vengeance de ce damné qui porte le nom de celui qui est descendu aux enfers : Edmond Dantès, comme le poète Dante. Alexandre Dumas nous entraîne avec ce roman au plus profond de l’âme humaine dont il explore les sentiments les plus bas et les plus élevés. Souterraine et solaire à la fois, voici une leçon de littérature universelle.

Lady Trog


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Rédigé par Renée Frank le Dimanche 22 Décembre 2013 à 10:25 | Lu 179 fois