De la littérature souterraine : Underground, de Haruki Murakami (2)

Le métro de Tokyo


Nous vous avons présenté dans l’article précédent l’ouvrage de l’écrivain japonais Haruki Murakami, UNDERGROUND. Auteur de célèbres romans qui lu ont valu d’être nobélisable à plusieurs reprises, Haruki Murakami a également écrit des livres de témoignages sur le grand tremblement de Kobe ou sur les victimes de l’attaque au sarin dans le métro japonais le 20 mars 1995. Extraits d’interview de UNDERGROUND ( éditions 10/18. Traduction de Dominique Letellier)
Nous vous proposons la première partie du témoignage de Masaru Yuasa, employé de la compagine Tokyo Metro.


Le rêve du Shinkansen

Masaru Yuasa (24 ans)

En 1988, cet employé fut embauché par la direction du métro et, depuis, il occupe un poste à la station de Kasumigaseki. Simple et ouvert, il envisage ses tâches quotidiennes avec un vrai sens du devoir. C’est pourquoi l’attaque au gaz a été très choquante pour lui.
[…] Mon but ultime, c’était d’être embauché par les Chemins de fer du Japon. Comme beaucoup de mes copains, je voulais conduire le Shinkansen  ( ndlr : TGV japonais). Mais quand j’ai eu mon diplôme,  JR a refusé ma candidature. […] Cependant les transports urbains m’avaient toujours tenté et, comme la Régie du métro était très populaire et la paie pas pire là qu’ailleurs, j’ai choisi cette voie.
Travailler en station implique toutes sortes de tâches. Non seulement vendre des billets et donner des informations aux passagers, mais aussi gérer les objets trouvés, régler les différends entre les passagers, etc. C’était dur à 18 ans, de devoir s’occuper de tout ça. C’est pourquoi ma première journée a été plutôt pénible. Quand j’ai baissé le rideau de fer après le départ du dernier train, j’ai poussé un soupir de soulagement : « Ah ! C’est fini pour aujourd’hui ». Ce n’est plus le cas maintenant, mais c’était ainsi, au début.
Les ivrognes, il n’y a pas pire. Soit ils sont trop amicaux et collants, soit ils se battent ou vomissent partout. Néanmoins,  Kasumigaseki n’est pas un quartier très branché ; on n’a donc pas tellement d’ivrognes, sauf à certaines périodes.
Au final, je n’ai jamais passé l’examen pour être conducteur.  […] Je suppose que mon désir initial de devenir conducteur a changé quand  j‘ai découvert le travail en station.
Trois lignes se croisent à la station Kasumigaseki : celle de Marunouchi, de Hibiya et de Chiyoda. Elles ont chacune leur personnel. J’étais sur la ligne Marunouchi  à l’époque. Le bureau de la ligne Hibiya est le plus grand, mais les lignes Marunouchi et Chiyoda ont toutes deux leur propre bureau et leur salle du personnel.

Après la soupe de Miso

Le dimanche précédent l’attaque au gaz, j’ai travaillé toute la journée dans le bureau de la ligne Chiyoda. J‘étais venu y apporter un renfort, car il n’y avait pas assez d’employés – plusieurs agents devaient assurer la  garde de nuit, et le personnel des différentes lignes s’entraide, comme dans une grande famille.
Vers minuit trente, on a baissé les rideaux, verrouillé le guichet, éteint les distributeurs de billets, puis on s’est lavés et on s’est couchés juste après 1 heure pour se lever à 5h30. Une autre équipe avait terminé à 11h30 et s’était couchée vers minuit pour se lever à 4h30 – la première rame s’ébranle vers 5 heures.
L’équipe de 4h30 commence par nettoyer, ouvrir le rideau et préparer les guichets. Ensuite ses membres vont déjeuner à tour de rôle. On cuisine notre riz et notre soupe miso. Le nom de ceux qui sont de corvée de repas est affiché, comme pour les autres tâches. On partage tout.
Moi, comme j’étais de la seconde équipe, ce soir-là, je me suis réveillée à 5h30. J’ai travaillé au guichet jusqu’à 7 heures, puis j’ai pris mon petit déjeuner, jusqu’à 7h30, et ensuite je suis passé à un autre guichet jusqu’à environ 8h15 : ma journée était finie.


A suivre…

la suite demain...

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Rédigé par Renée Frank le Mercredi 7 Mai 2014 à 04:41 | Lu 103 fois