De la littérature souterraine : Platon et l'allégorie de la caverne (3)


Voici notre philosophe "éclairé" qui, s'échappant de la caverne où il était prisonnier, a découvert la réalité du monde et son bien suprême, le soleil, qui représente l'Idée du Bien ( cf les deux articles précédents). Il décide de retourner dans la caverne pour aller porter la bonne parole et libérer ses compagnons d'infortune qui ne se doutent pas de leur ignorance et vont refuser de reconnaître la vérité...


La résistance à l'intelligence

De la littérature souterraine : Platon et l'allégorie de la caverne (3)
Poursuivons le dialogue que Platon imagine entre Socrate et son disciple, issu du livre VII de "La République":

" - Imagine encore ceci, repris-je ; si notre homme redescendait et reprenait son ancienne place, n'aurait-il pas les yeux offusqués par les ténèbres, en venant brutalement du soleil?
- Assurément si, dit-il.
- Et s'il lui fallait de nouveau juger de ces ombres et concourir avec les prisonniers qui n'ont jamais quitté leurs chaînes, pendant que sa vue est encore confuse et que ses yeux ne soient remis et accoutumés à l'obscurité, ce qui demanderait un temps assez long, n'apprêterait-il pas à rire et ne diraient-ils pas de lui que, pour être monté là-haut, il est en revenu les yeux gâtés, que ce n'est même pas la peine de tenter l'ascension ; et, si quelqu'un essayait de les délier et de les conduire là-haut, et qu'ils pussent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueraient-ils pas?
- Ils le tueraient certainement, dit-il.
- Maintenant, repris-je, il faut mon cher Glaucon, appliquer exactement cette image à ce que nous avons dit plus haut : il faut assimiler le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu dont elle est éclairée à l'effet du soleil ; quant à la montée dans le monde supérieur et à la contemplation de ses merveilles vois-y la montée de l'âme dans le monde intelligible, et tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie ; en tous cas, c'est mon opinion, qu'aux dernières limites du monde intelligible est l'idée du bien, qu'on aperçoit avec peine, mais qu'on ne peut apercevoir sans conclure qu'elle est la cause universelle de tout ce qu'il y a de bien et de beau ; que dans le monde visible, c'est elle qui a créé la lumière et le dispensateur de la lumière ; et que dans le monde intelligible, c'est elle qui dispense et procure la vérité et l'intelligence, et qu'il faut la voir pour se conduire avec sagesse soit dans la vie privée, soit dans la vie publique."

La mort du philosophe

Buste de Socrate
Buste de Socrate
C'ets donc le destin christique du philosophe : mourir en tentant de sauver son prochain. Platon pense ici à Socrate ( - 470 à -399 avant JC), assassiné à cause de sa sagesse même, et condamné à boire la ciguë pour avoir perverti la jeunesse athénienne.

Ainsi se termine  tragiquement l'allégorie de la caverne aux nombreuses significations symboliques.

Pour rappel, "La République" se décompose en 10 livres qui traitent de  la justice. Mais tous les plans étant liés chez Platon, il comprend une dimension métaphysique et pas seulement, comme on pourrait s'y attendre, morale et politique. "La République" dessine les grandes lignes d'une cité idéale, la belle cité (Callipolis) où la justice sera enfin incarnée. Le personnage de Glaucon est le contradicteur de Socrate, que Platon fait parler dans ses dialogues.

Vous voyez, nous les Trogs, nous ne sommes pas sectaires. On accepte  en toute objectivité de présenter des auteurs qui considèrent le monde souterrain comme celui de l'ignorance. Même si on n'irait pas jusqu'à assassiner le trouble-fête qui tenterait de nous sortir de nos caves, on préfère rester dans notre monde imaginaire, quite à renoncer à la sagesse du philosophe...


Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Vendredi 28 Décembre 2012 à 12:18 | Lu 532 fois