De la littérature souterraine : Platon et l'allégorie de la caverne (2)


Dans le chapitre précédent, nous avions planté le décor : une caverne, des hommes prisonniers et qui ne perçoivent de l'extérieur que les ombres et les échos des passants qu'ils ne peuvent voir. Ils prennent ces ombres et cet écho pour la réalité, alors qu'elle n'en est que le reflet. C'est alors qu'un prisonnier parvient à s'échapper de la caverne et découvre, d'abord aveuglé par la lumière, le monde réel. Ce personnage, c'est le philosophe qui entrevoit la vérité.


L'éblouissement de la réalité

De la littérature souterraine : Platon et l'allégorie de la caverne (2)
Reprenons le dialogue du livre VII de "La République" là où nous l'avions laissé :

"- Examine maintenant comment ils réagiraient si on les délivrait de leurs chaînes et qu'on les guérît de leur ignorance, et si les chose se passaient naturellement comme il suit. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser soudain, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière, tous ces mouvements le feront souffrir, et l'éblouissement l'empêchera de regarder les objets dont il voyait les ombres tout à l'heure. Je te demande ce qu'il pourra répondre, si on lui dit que tout à l'heure, il ne voyait que des riens sans consistance, mais que maintenant près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ; si enfin, lui faisant voir chacun des objets qui défilent devant lui, on l'oblige à force de questions à dire ce que c'est? Ne crois-tu pas qu'il sera embarrassé et que les objets qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus véritables que ceux qu'on lui montre à présent?
- Beaucoup plus véritables, dit-il.
- Et si on le forçait à regarder la lumière même, ne crois-tu pas que les yeux lui feraient mal et qu'il se déroberait et retournerait aux choses qu'il peut regarder, et qu'il les croirait réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre?
- Je le crois, dit-il.
- Et si, repris-je, on le tirait de là par force, qu'on lui fît gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lachât pas avant de l'avoir traîné dehors à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu'il souffrirait et se révolterait d'être ainsi traîné, et qu'une fois arrivé à la lumière, il aurait les yeux éblouis de son éclat, et ne pourrait voir aucun des objets que nous appelons à présent véritables?
- Il ne le pourrait pas.
- Il devrait en effet, repris-je, s'y habituer, s'il voulait voir le monde supérieur. Tou d'abord ce qu'il regarderait le plus facilement, ce sont les ombres, puis les images des hommes et des autres objets reflétés dans les eaux, puis les objets eux-mêmes ; puis élevant ses regards vers la lumière des astres et de la lune, il contemplerait pendant la nuit les constellations et le firmament lui-même, plus facilement qu'il ne ferait pendant le jour le soleil et l'éclat du soleil.
 - Sans doute.
- A la fin, je pense, ce serait le soleil, non dans les eaux, ni ses images reflétées sur quelque autre point, mais le soleil lui-même dans son propre séjour qu'il pourrait regarder et contempler tel qu'il est."

Le soleil, source du Bien

De la littérature souterraine : Platon et l'allégorie de la caverne (2)
"- Après cela, il en viendrait à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui produit les saisons et les années, qu'il gouverne dans le monde visible et qu'il est en quelque manière la cause de toutes ces choses que lui et ses compagnons voyaient dans la caverne.
- Il est évident, dit-il, que c'est là qu'il en viendrait après ces diverses expériences.
- Si ensuite il venait à penser à sa première demeure et à la science qu'on y possède, et aux compagnons de sa captivité, ne crois-tu pas qu'il se féliciterait du changement et qu'il les prendrait en pitié? [...] Ne penserait-il pas comme Achille dans Homère, et ne préférerait-il pas cent fois n'être qu'un valet de charrue au service d'un simple laboureur et supporter tous les maux possibles plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait?"

Ainsi, libéré du monde sensible, même si le parcours initiatique est douloureux, l'homme qui a connu la vérité ne souhaite pas revenir au monde des illusions. Qu'est-ce que Platon  nous enseigne ici?

- L'ascension hors de la caverne symbolise la dialectique de l'âme qui quitte le monde des apparences pour attteindre celui de la réalité.
- Les êtres et les choses du monde du jour symbolisent les Idées.
- Le soleil symbolise ce qui, aux yeux de Platon, représente la première des Idées, la plus importante : l'Idée du Bien.
- Le prisonnier libéré symbolise le philosophe : son retour dans la caverne pour éclairer ses compagnons lui portera malheur....

Driiiing! C'est l'heure de la récré! On se retrouve la semaine prochaine pour la dernière séance!


Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Lundi 17 Décembre 2012 à 04:46 | Lu 656 fois