De la littérature souterraine : Les Indes noires, Jules Verne (2/2)

Littérature souterraine


Le vieux Simon Ford resté veiller sur le site de la houillère abandonnée entraîne l’ingénieur James Starr au fond de la mine, là où il pense avoir découvert un nouveau filon. Son guide, le grisou, dont la présence révèle la présence du charbon en grande quantité…


Le pénitent

Se référer à l'article 1955 pour le début du roman.

« - En effet, monsieur James, vous êtes trop jeune, malgré vos cinquante-cinq ans, pour avoir vu cela. Mais moi, avec dix ans de plus que vous, j’ai vu fonctionner le dernier pénitent de la houillère. On l’appelait ainsi parce qu’il portait une grande robe de moine. Son nom était le « fireman », l’homme du feu. A cette époque, on n’avait d’autre moyen de détruire le mauvais gaz qu’en le décomposant par de petites explosions, avant que sa légèreté l’eût amassé en trop grandes quantités dans les hauteurs des galeries. C’est pourquoi le pénitent, la face masquée, la tête encapuchonnée dans son épaisse cagoule, tout le corps étroitement serré dans sa robe de bure, allait en rampant sur le sol. Il respirait dans les basses couches, dont l’air était pur, et de sa main droite, il promenait en l’élevant au-dessus de sa tête une torche enflammée. Lorsque le grisou se trouvait répandu dans l’air de manière à former un mélange détonant, l’explosion se produisait sans être funeste, et, en renouvelant souvent cette opération, on parvenait à prévenir les catastrophes. Quelquefois, le pénitent, frappé d’un coup de grisou, mourrait à la peine. Un autre le remplaçait. Ce fut ainsi jusqu’au moment où la lampe de Davy fut adoptée dans toutes les houillères. Mais Je connaissais le procédé, et c’est en l’employant que j’ai reconnu la présence du grisou, et, par conséquent, celle d’un nouveau gisement carbonifère dans la fosse Dochart.

Le fond de la mine

Les explorateurs arrivent dans un cul-de-sac au bout de la galerie explorée par le vieux Simon.
On voyait encore sur la paroi terminale de cette caverne la marque des derniers coups de pic, et même quelques trous de cartouches, qui avaient provoqué l’éclatement de la roche, vers la fin de l’exploitation. Cette matière schisteuse était extrêmement dure, et il n’avait pas été nécessaire de remblayer les assises de ce cul-de-sac, au fond duquel les travaux avaient dû s’arrêter. Là, en effet, venait mourir le filon carbonifère, entre les schistes et les grès du terrain tertiaire. Là, à cette place même, avait été extrait le dernier morceau de combustible de la fosse Dochart.
«  C’est ici, monsieur James, dit Simon Ford en soulevant son pic, c’est ici que nous attaquerons la faille, car, derrière cette paroi, à une profondeur plus ou moins considérable, se trouve assurément le nouveau filon dont j’affirme l’existence.
- Et c’est à la surface de ces roches, demanda James Starr, que vous avez constaté la présence du grisou ?
- Là même, monsieur James, répondit Simon Ford, et j’ai pu l’allumer rien qu’en approchant ma lampe, à l’affleurement des feuillets.

Coal city, entre réalisme, poésie ... et SF

Alors qu’ils s’enfoncent de l’autre côté de la faille, les téméraires explorateurs vont rencontrer d’étranges phénomènes dans les entrailles de la terre qui mettront leur vie en péril et seront sauvés par une main tout aussi mystérieuse. D’étranges légendes circulent sur les génies et djinns vivant dans cette obscurité. Jules Verne nous emmène dans le mystère et le suspens des Indes Noires, mêlant dans son encre réalisme et poésie.

Dans la seconde partie du roman, je vous invite aussi à lire la magnifique description de la  ville troglodyte de Coal City construite sous le dôme carbonifère de la mine réveillée de son long sommeil qui, comme une bulle géante, abrite tout un monde en activité. Un univers de BD SF, propre à cet écrivain visionnaire.
 
LES INDES NOIRES
Editions Poche


L.T.



Rédigé par Renée Frank le Jeudi 10 Septembre 2015 à 10:34 | Lu 168 fois