De la littérature souterraine : Le Fantôme de l'Opéra (3)

Les sélections de Lady Trog.


Dernier volet du sombre roman de Gaston Leroux qui nous entraîne dans les sous-sols de l’Opéra sur les traces du Fantôme : Le jeune Vicomte de Chagny, aidé par un étrange personnage, dit Le Persan, s’aventure toujours plus profond pour aller sauver la belle Christine enlevée par le dangereux Prince des ténèbres… et rencontre des sinistres créatures en chemin.


Les dessous de la scène

Chapitre XXI : dans les dessous de l’Opéra
Ils se trouvaient alors dans le deuxième dessous ; Raoul ne faisait qu’entrevoir à la lueur de quelques lumignons immobiles, çà et là, dans leur prison de verre, une infime partie de cet abîme extravagant, sublime et enfantin, amusant comme une boîte de Guignol, effrayant comme un gouffre, que sont les dessous de la scène à l’Opéra.
Ils sont formidables et au nombre de cinq. Ils reproduisent tous les plans de la scène, ses trappes et ses trappillons. Les costières seules y sont remplacées par des rails. Des charpentes transversales supportent trappes et trapillons. Des poteaux, reposant sur des dés de fonte ou de pierre, de sablières ou  « chapeaux de forme », forment des séries de fermes qui permettent de laisser un libre passage aux «  gloires » et aux combinaisons ou trucs. On donne à ces appareils une certaine stabilité e les reliant au moyen de crochets de fers et suivant les besoins du moment. Les treuils, les tambours, les contrepoids sont généreusement distribués dans les dessous. Ils servent  manœuvrer les grands décors, à opérer les changements à vue, à provoquer la disparition subite des personnages de féerie. C’est des dessous, ont dit MM X., Y., Z., qui ont consacré à l’œuvre de Garnier une étude si intéressante, c’est des dessous qui  transforme les cacochymes en beaux cavaliers, les sorcières hideuses en fées radieuses de jeunesse. Satan vient des dessous, de même qu’il s’y enfonce. Les lumières de l’enfer s’en échappent, les choeurs des démons y prennent place.
… et les fantômes s’y promènent comme chez eux…

Les fermeurs de porte

Ils descendaient… Ils descendaient encore… Maintenant ils étaient dans le troisième dessous. […]
Tout à coup une voix retentissante les cloua sur place. Quelqu’un, au-dessus d’eux, hurlait.
« Sur le plateau tous les « fermeurs de portes » ! Le commissaire de police les demande. »
On entendit des pas, et des ombres glissèrent dans l’ombre. Le Persan avait attiré Raoul derrière un portant… ils virent passer près d’eux des vieillards courbés par les ans et le fardeau ancien des décors d’opéra. Certains pouvaient à peine se traîner ; d’autres, par habitude, l’échine basse et les mains en avant, cherchaient des portes à fermer.
Car c’étaient les « fermeurs de portes »… Les anciens machinistes puisés et dont une charitable direction avait eu pitié. Elle les avait faits « fermeurs de portes » dans les dessous, dans les dessus. Ils allaient et venaient sans cesse du haut en bas de la scène en ce temps-là, car depuis, je crois bien qu’ils sont tous morts, « les chasseurs de courants d’air ».
Le Persan et Raoul se félicitèrent en aparté de cet incident qui les débarrassait de témoins gênants, car quelques-uns des « fermeurs de portes », n’ayant plus rien à faire et n’ayant guère de domicile, restaient par paresse ou par besoin à l’Opéra, où ils passaient la nuit. […]
Mais ils ne furent point longtemps à jouir de leur solitude…  D’autres ombres  maintenant, descendaient le même chemin par où les « fermeurs de portes » avaient monté. Ces ombres avaient chacune devant elle une petite  lanterne qu’elles agitaient fort, la portant en haut, en bas, examinant tout autour d’elles et semblant, de toute évidence chercher quelque chose ou quelqu’un.
« Diable, murmura le Persan, je ne sais pas ce qu’ils cherchent, mais ils pourraient bien nous trouver… Fuyons ! vite ! […]
Le Persan, étant arrivé en bas du cinquième dessous, souffla… […]
« Nous sommes stupides, lui souffla-t-il, nous allons être bientôt débarrassés des ombres aux lanternes… Ce sont les pompiers qui font leur ronde. »

la créature de feu

Mais les deux aventuriers ne sont pas au bout de leur peur :

… Devant eux, la nuit remuait.
« A plat ventre ! » souffla le Persan.
Les deux hommes s’allongèrent sur le sol. Ils n’étaient que temps.
Une ombre qui ne portait cette fois aucune lanterne, une ombre simplement dans l’ombre passait.
Elle passa près deux à les toucher.
Ils sentirent, sur leurs visages, le souffle chaud de son manteau.
Car ils purent suffisamment la distinguer pour voir que l’ombre avait un manteau qui l’enveloppait de la tête aux pieds. Sur la tête, un chapeau de feutre mou.
Elle s’éloigna, rasant les murs du pied et quelques fois, donnant dans les coins, des coups de pied aux murs. […].

- C’est quelqu’une de la police du théâtre ? demanda Raoul
- C’est quelqu’un de bien pis ! répondit sans autre explication le Persan. […]
Le Persan n’avait pas fini de formuler à nouveau cette « ligne d’attitude » que devant les deux hommes, une figure fantastique apparut.
Une figure tout entière… Un visage ; non point seulement deux yeux d’or.
Mais tout un  visage lumineux… Toute une figure en feu !
Oui, une figure en feu qui s’avançait à hauteur d’homme, mais sans corps
Cette figure dégageait du feu.
Elle apparaissait, dans la nuit, comme une flamme à forme de figure d’homme. […]
Et ils s’enfuirent, tous les deux, tout au long du corridor qui s’ouvrait devant eux.

 
Bon, je m’arrête là pour vous laisser découvrir qui se cache derrière la terrifiante silhouette de feu qui se dresse sur le chemin de Raoul et du Persan vers la maison du Lac où se terre le Fantôme avec sa proie. Notre intrépide héros tombera bientôt dans le piège de la chambre des supplices...  Raoul parviendra-t-il à s'enfuir de ce cauchemar et à sauver sa fiancée des griffes du fantôme? Frissons garantis dans ce thriller avant l’heure du maître du roman noir, Gaston Leroux.
 
L.T.


Rédigé par Renée Frank le Jeudi 27 Mars 2014 à 09:36 | Lu 114 fois