De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (2)


Dans l’épisode précédent, le professeur Lidenbrok, son neveu Axel et leur précieux guide, Hans, se sont aventurés au fond d’un profonde cheminée, sur les traces du savant Saknussemm qui aurait pénétré autrefois au centre de la Terre…


La descente continue...

De la littérature souterraine : Jules Verne, voyage au centre de la Terre (2)
Extraits, chapitre XVIII :
« Le déjeuner terminé, mon oncle tire de sa poche un carnet destiné aux observations : il prit successivement ses divers instruments et nota les données suivantes : lundi 1et juillet : chronomètre : 8h17 du matin ; baromètre : 29 p. 7 l. ; thermomètre : 6°. Direction : E.-S.-E.
Cette dernière observation s’appliquait à la galerie obscure et fut indiquée par la boussole.
« Maintenant, Axel, s’écria le professeur d’une voix enthousiaste, nous allons nous enfoncer véritablement dans les entrailles du globe. Voici donc le moment précis auquel notre voyage commence. »
Cela dit, mon oncle prit d’une main l’appareil de Ruhmkorff* suspendu à son cou ; de l’autre, il mit en communication le courant électrique avec le serpentin de la lanterne, et une assez vive lumière dissipa les ténèbres de l a galerie.
Hans portait le deuxième appareil. Cette ingénieuse application de l’électricité nous permettait d’aller longtemps en créant un jour artificiel, même au milieu des gaz les plus inflammables.[…]
La lave, à la dernière éruption de 1229, s’était frayée un passage à travers ce tunnel. Elle tapissait l’intérieur d’un enduit épais et brillant ; la lumière électrique s’y réfléchissait en centuplant son intensité.
Toute la difficulté de la route consistait à ne pas glisser trop rapidement sur une pente  inclinée à quarante cinq degrés environ ; heureusement certaines érosions, quelques boursouflures tenaient lieu de marches, et nous n’avions qu’à descendre en laissant filer nos bagages retenus par une longue corde.
Mais ce qui se faisait marche sous nos pieds devenait stalactite sur les autres parois. La lave, poreuse en de certains endroits, présentait de petites ampoules arrondies : des cristaux de quartz opaques, ornés de limpides gouttes de verre suspendus à la voûte comme des lustres, semblaient s’allumer à notre passage. On eût dit que les génies du gouffre illuminaient leurs palais pour recevoir les hôtes de la terre.

Mais la température reste relativement stable....

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Cependant la chaleur n'augmentait pas d'une façon sensible, ce qui donnait raison aux théories de Davy, et plus d'une fois,  je consultai le thermomètre avec étonnement. Deux heures après le départ, il ne marquait encore que 10°,c'est-à-dire un accroissement de 4°. Cela m'autorisait à penser que notre descente était plus horizontale que verticale. Quant à connaître exactement la profondeur atteinte, rien de plus facile. Le professeur mesurait exactement les angles de déviation et d'inclinaison de la route, mais il gardait pour lui le résultat de ses observations.
Le soir, vers huit heures, il donna le signal d'arrêt. Hans aussitôt s'assit. Les lampes furent accrochées à une saillie de lave. Nous étions dans une sorte de caverne où l'air ne manquait pas. Au contraire. Certains souffles arrivaient jusqu'à nous. Quelle cause les produisait? A quelle agitation atmosphérique attribuer leur origine? [...]
- Mais peut-être cette coulée se prolonge-t-elle à de grandes profondeurs. Il me semble que nous n'avons pas encore fait beaucoup de chemin verticalement.
- Qui te fait supposer cela?
- C'est que, si nous étions très avancés dans l'intérieur de l'écorce terrestre, la chaleur serait plus forte.
- D'après ton système, répondit mon oncle. Qu'indique le thermomètre?
- Quinze degrés à peine, ce qu ne fait qu'un accroissement de neuf degrés depuis notre départ. [...] D'après les observations les plus exactes, l'augmentation de la température à l'intérieur du globe est d'un degré par cent pieds. Mais certaines conditions de localité peuvent modifier ce chiffre. Ainsi, à Yakoust en Sibérie, on a remarqué que l'accroissement d'un degré avait lieu par trente-six pieds. Cette différence dépend évidemment de la conductibilité des roches J'ajouterais aussi que, dans le voisinage d'un volcan éteint, et à travers le gneiss, on a remarqué que l'élévation de la température était d'un degré seulement pour cent vingt-cinq pieds. Prenons donc  cette dernière hypothèse, qui est la plus favorable, et calculons. [...]
Les calculs du professeur étaient exacts. Nous avions déjà  dépassé de six mille pieds les plus grandes profondeurs jamais atteintes par l'homme, telles que les mines de KitzBahl dans le Tyrol, et celles de Wuttemberg en Bohême.
La température, qui aurait dû être de quatre-ving-un degrés en cet endroit, était de quinze à peine. Cela donnait singulièrement à réfléchir.

Découverte d'une mine de charbon

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Hésitant à la croisée des chemins, nos aventuriers  ont choisi le mauvais tunnel et découvrent une houillière avant de se heurter à un cul-de-sac...

Extraits, chapitre XX:
Cette espèce de caverne comptait cent pieds de largeur sur cent cinquante de hauteur. Le terrain avait été violemment écarté par une commotion souterraine. Le massif terrestre, cédant à quelque puissante poussées, s'était disloqué, laissant ce large vide où des habitants de la terre pénétraient pour la première fois.
Toute l'histoire de la période houillère était écrite sur ces sombres parois, et un géologue en  pouvait suivre facilement les phases diverses. Les lits de charbon étaient séparés par des strates de grès ou d'argile compacts, et comme écrasés par les couches supérieures.
A cet âge du monde qui précéda l'époque secondaire, la terre se recouvrit d'immenses végétations dues à la double action d'une chaleur tropicale et d'une humidité persistante. [...].
Or, c'est précisemment à cette exubérante végétation que la houille doit son origine. L'écorce encore élastique du globe obéissait aux mouvements de la masse liquide qu'elle recouvrait. De là des fissures, des affaissements nombreux. Les plantes, entraînées sous les eaux, formèrent peu à peu des amas considérables.
Alors intervint l'action de la chimie naturelle : au fond des mers, les masses végétales se firent tourbe d'abord ; puis, grâce à l'influence des gaz, et sous le feu de la fermentation, elles subirent une minéralisation complète.
[...]. L'exploitation de ces mines reculées demanderait des sacrifices trop considérables. [...] Aussi, telle que je voyais ces couches intactes, telles elles seraient lorsque sonnerait la dernière heure du monde.


Ainsi, Axel et  son oncle, le professeur Lindenbrock, s'enfoncent toujours plus profondément, à la recherche du centre de la Terre. Ce roman est une illustration du mythe de la terre creuse, que l'on retrouve dans de nombreuses oeuvres de science-fiction. J. Verne était à la fois visionnaire et précurseur...


A suivre...


*Heinrich Daniel Rhumkorff (1803-1877), ingénieur allemand installé à Paris qui a conçu une bobine à induction qui porte son nom. JV évoque ici une sorte de lampe à neon étanche.


 
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Rédigé par Renée Frank le Dimanche 7 Avril 2013 à 06:57 | Lu 331 fois