De la littérature souterraine : Jules Verne, Voyage au centre de la Terre (1)


Rendons hommage dans cette rubrique dédiée à la littérature souterraine à Jules Verne (1828-1905), un écrivain des Pays de la Loire, Nantais, qui, agent de change le jour, et étudiant et voyageant dans sa chambre la nuit, a pu écrire « Le Tour du Monde en 80 jours » et autres récits d’aventure, si bien documentés scientifiquement et souvent précurseurs. Nous sommes ici sur les terres de Leonard de Vinci et de Jules Verne, inventeurs et visionnaires. Ainsi, le « Voyage au centre de la Terre », qui reprend le mythe de la terre creuse, l’Agarttha, qu’on retrouve de manière récurrente dans la science fiction et les sciences occultes.


L’arrrivée sur le Sneffels

Le professeur Lidenbrock entraîne malgré lui son neveu Axel, notre protagoniste,  étudiant en minéralogie qui aspire à une vie tranquille, dans un voyage extraordinaire et périlleux dans les entrailles du Globe.  Ayant décodé un message crypté sur un vieux manuscrit, qui indique le chemin vers le centre de la Terre, emprunté autrefois par un alchimiste aventurier au XVIème siècle :
Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l’ombre du Scartaris vient caresser dans les calendes de juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j’ai fait. Signé Arne Saknussemm.


Le professeur, dans un état de surexcitation intense, organise le départ et le matériel, suivi la mort dans l’âme par Axel, persuadé qu’il ne reviendra pas vivant de cette terrifiante expédition.  Les voici donc arrivés en Islande sur le bord du cratère d’un volcan endormi, le Sneffels, accompagné de leur guide Hans.

Extraits, chapitre XV :
«  Alors aux phénomènes éruptifs succédèrent les phénomènes volcaniques. Par les ouvertures nouvellement formées s’échappèrent d’abord les déjections  basaltiques, dont la plaine que nous traversions en ce moment offrait à nos regards les plus merveilleux spécimens. Nous marchions sur ces roches pesantes d’un gris foncé que le refroidissement avait moulées en prismes à base hexagone ; au loin se voyaient un grand nombre de cônes aplatis, qui furent jadis autant de bouches ignivores.
Puis, l’éruption basaltique épuisée, le volcan, dont la force s’accrut de celle des cratères éteints, donna passage aux laves et à ces tufs de cendres et de scories dont j’apercevais les longues coulées éparpillées sur les flancs comme une chevelure opulente.
Telle fut la succession des phénomènes qui constituèrent l’Islande ; tous provenaient de l’action des feux intérieurs, et supposer que la masse interne ne demeurait pas dans un état permanent d’incandescente liquidité, c’était folie. Folie surtout de prétendre atteindre le centre du globe ! »
De la littérature souterraine : Jules Verne, Voyage au centre de la Terre (1)

La descente dans la cheminée

Répondant à l’impatience du professeur, l’ombre du Scartaris vient enfin frapper à midi l’entrée d’une cheminée sans fond.  Les trois aventuriers descendent  avec leur matériel  et leurs provisions à l’aide d’échelles de corde dans ce gouffre profond.

Chapitre XVII, extraits :
«  Je ne sais si le plus enragé géologue eût essayé d’étudier, pendant cette descente, la nature des terrains qui l’environnaient. Pour mon compte, je ne m’en inquiétai guère ; qu’ils fussent pliocènes, miocènes, éocènes, crétacés, jurassiques, triasiques,  perniens, carbonifères, dévoniens, siluriens ou primitifs, cela me préoccupa peu. Mais le professeur, sans doute, fit ses observations ou prit ses notes, car, à l’une des haltes, il me dit :
 « Plus je vais, plus j’ai confiance. La disposition de ces terrains volcaniques donne absolument raison à la théorie de Davy*. Nous sommes en plein sol primordial, sol dans lequel s’est produite l’opération chimique des métaux enflammés au contact de l’air et de l’eau. Je repousse absolument le système d’une chaleur centrale. D’ailleurs, nous verrons bien. »

L’expédition atteint enfin le fond du puits  et décide d’y bivouaquer avant de reprendre l’expédition le lendemain:
« L’obscurité n’était pas encore complète. On ouvrit le sac aux provisions. On mangea et chacun se coucha de son mieux sur un lit de pierres et de débris de lave.
Et quand, étendu sur le dos, j’ouvris les yeux, j’aperçus un point brillant à l’extrémité de ce tube long de trois mille pieds, qui se transformait en une gigantesque lunette.
C’était une étoile dépouillée de toute scintillation, et qui d’après mes calculs, devait être le Beta de la Petite Ourse.
Puis je m’endormis d’un profond sommeil. »

A suivre...

De la littérature souterraine : Jules Verne, Voyage au centre de la Terre (1)
*On ne sait pas exactement à quelle théorie de Davy JV fait allusion. S’agit-il d’une théorie sur les gaz ou sur les métaux ? Toujours est-il que Humphry Davy (1778-1829), jeune  chimiste anglais talentueux,  est  entre autres l’inventeur de la  lampe de sûreté qui a permis d’éviter les explosions alors très fréquentes dans les mines de charbon : il identifia le gaz explosif comme étant un mélange de méthane et d'air et remarqua que dans les tubes étroits le mélange n'explosait pas, la chaleur dégagée étant dissipée trop rapidement. Il découvrit alors qu'une toile métallique empêche de la même façon les explosions et qu'une lampe dont la flamme est entourée d'une telle toile ne présente plus aucun danger. Bien plus, un changement de couleur de la flamme avertit de la présence d'une atmosphère explosive. La lampe de sûreté fut rapidement adoptée partout et la production de charbon augmenta considérablement, bien que quelques explosions se produisirent malgré tout du fait de lampes mal entretenues ou placées dans des courants d'air excessifs.

 
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Rédigé par Renée Frank le Jeudi 4 Avril 2013 à 11:33 | Lu 375 fois