De la littérature souterraine : "Germain dans le métro" de Vincent Maston

Littérature


Ceux de notre génération se souviennent de « Zazie dans le métro » ( pour les plus jeunes, cela fera l’objet d’une autre rubrique littéraire). Eh bien, le métro parisien continue d’inspirer les écrivains. « Germain dans le métro » est le premier roman de Vincent Maston. Une vision douce amère de la société, où le quotidien souterrain peut soudain basculer…


Le métro, refuge des âmes en peine

Le métro, comme tout univers souterrain, induit des comportements  chez les individus ou parmi les foules : claustrophobie, agoraphobie, pulsions diverses et variées entraînées par l’atmosphère raréfiée du sous-sol. L’humain n’est pas ici dans son élément naturel. L’instinct du chasseur ou la nature animale reprend ses droits dans ce terrain de chasse, terrain de jeu…
Germain est justement un de ces personnages qui vit le métro comme une seconde nature. Il s’y engouffre comme on revêt un costume de scène ou un masque. Fondu dans la foule, il se sent à l’abri, mais aussi tout puissant. Le justicier s’éveille en lui. Cela commence par de petits jeux : bousculer les voyageurs mal élevés. Il faut préciser que Germain est bègue. Le métro est avant tout le lieu de défoulement de ses frustrations. Extraits :

le défouloir

J’imagine ce que serait ma vie sans le métro. Un enfer sur terre, où je ne pourrais que regarder le monde vivre autour de moi, sans jamais pouvoir participer. Ces voyages sont probablement la seule chose qui me retient de sauter dans la Seine lorsque ma parole est si hachée que ma propre sœur n’arrive pas à me comprendre.
Ici et ici seulement je suis à ma place et vous êtes les intrus. Je vous vois, vous regarde, et je sais qui vous êtes. Je ne connais  pas vos noms, vos professions, vos âges, mais je repère immédiatement ceux d’entre vous que je déteste. Cette vieille devant moi, le sac Chanel bien serré contre elle, qui dévisage l’air apeuré tous les passagers un peu trop basanés à son goût. Ce jeune crétin, avec son casque plus grand que sa tête, et qui fait profiter tout le wagon de  la dernière horreur de Tryo. Ce trentenaire en costume avec sa sacoche siglée du nom d’une banque, rentrant chez lui après avoir vendu quelque investissement toxique à une retraitée qui y perdra les économies de toute une vie.
Je me vois, moi aussi, en train de m’énerver, seul sur mon strapontin vert pomme, et je sais que je ne vaux pas vraiment mieux que vous. Mais pas moins non plus, et vous n’avez pas besoin de noter le nom du film sur un bout de papier pour acheter un ticket de cinéma. J’essaie simplement, à mon petit niveau, de rétablir un semblant de justice.
Alors, je punis, je marche sur les pieds de l’une, je bouscule l’autre, tous ces passagers inconscients de leur chance et qui ennuient ceux qui voudraient simplement rentrer du travail tranquillement. Si quelqu’un me repère, je joue celui qui ne faisait pas attention, qui n’a pas l’habitude de prendre le métro. Tout un art, affiné au fil des années, seule soupape me permettant d’expulser cette colère dont je n’arrive pas à me défaire autrement.

L'acte gratuit

Germain va rencontrer Claire, et puis d’autres membres de cette société secrète qui agit et punit les malotrus dans le métro. Ils vont inventer des scénarios où chacun a un rôle à jouer. Mais jusqu’où le jeu peut-il aller ? L’acte gratuit irréversible est à portée de main.  André Gide avait déjà décrit cette tentation du meurtre gratuit : pousser  un passager inconnu de la portière du  train. Le personnage de Lafcadio dans "Les Caves du Vatican" rappelle le jeu dangereux auquel Germain et ses amis vont jouer et risquer de se perdre.
Aux éditions JC Lattès.
 
 
L.T. (euh... Lady Trog.)


Rédigé par Renée Frank le Mercredi 25 Juin 2014 à 12:01 | Lu 209 fois