De la littérature souterraine : Alice au Pays des Merveilles


Notre article s'adresse autant aux petits qu'aux grands, qui se verront replongés dans l'univers de leur enfance avec le premier chapitre du célèbre livre de Lewis Caroll : "Alice au Pays des Merveilles". Saviez-vous qu'Alice a vraiment existé? elle s'appelait Alice Liddelle. Quant à l'auteur, qui vécut au 19ème siècle, son vrai nom est Charles Lutwige Dodgson, et il était un éminent professeur de mathématiques ! Après le succès phénoménal d'Alice publié en 1866, il écrivit la suite, intitulée « De l’autre côté du miroir ».


Alice tombe dans le terrier

De la littérature souterraine : Alice au Pays des Merveilles
Chapitre 1 : dans le terrier du lapin
 
"Alice commençait à se sentir très lasse de rester assise à côté de sa sœur, sur le talus, et de n’avoir rien à faire : une fois ou deux, elle avait jeté un coup d’œil sur le livre que sa sœur lisait, mais il ne contenait ni image ni conversation, « et, se disait Alice, à quoi peut bien servir un livre où il n’y a ni images ni conversations ? ».
Elle se demandait (dans la mesure où elle était capable de réfléchir, car elle se sentait toute endormie et toute stupide à cause de la chaleur), si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes vaudrait la peine de se lever et d’aller cueillir les pâquerettes, lorsque, brusquement, un Lapin Blanc aux yeux roses passa en courant tout près d’elle.
Cela n’avait rien de particulièrement remarquable ; et Alice ne trouva pas non plus tellement bizarre d’entendre le lapin  se dire à mi-voix : « Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Je vais être en retard ! » (Lorsqu’elle y réfléchit par la suite, il lui vint à l’esprit quelle aurait dû s’en étonner, mais, sur le moment, cela lui sembla tout naturel.) Cependant, lorsque le Lapin tira bel et bien une montre de la poche de son gilet, regarda l’heure, et se mit à courir de plus belle, Alice se dressa d’un bond, car, tout à coup, l’idée lui était venue qu’elle n’avait jamais vu de lapin pourvu d’une poche de gilet, ni d’une montre à tirer de cette poche. Dévorée de curiosité, elle traversa le champ en courant à sa poursuite et eut la chance d’arriver juste à temps pour le voir s’enfoncer comme une flèche dans un énorme terrier placé sous la haie.
Un instant plus tard, elle y pénétrait à son tour, sans se demander une seule fois comment diable elle pourrait bien en sortir.

Alice au centre de la terre

De la littérature souterraine : Alice au Pays des Merveilles
Pendant un certain temps, elle marcha droit devant elle dans le terrier comme dans un tunnel ; puis, le sol s’abaissa brusquement, si brusquement qu’Alice, avant d’avoir pu songer à s’arrêter, s’aperçut qu’elle tombait dans un puits très profond.
Soit que le puits fût très profond, soit que la fillette tombât très lentement, elle s’aperçut qu’elle avait le temps, tout en descendant, de regarder autour d’elle et de se demander ce qui allait se passer. D’abord, elle essaya de regarder en bas pour voir où elle arrivait, mais il faisait trop noir pour qu’elle pût rien distinguer. Ensuite, elle examina les parois du puits, et remarqua qu’elles étaient garnies de placards et d’étagères ; par endroits, des cartes de géographie et des tableaux se trouvaient accrochés à des pitons. En passant, elle prit un pot sur une étagère ; il portait une étiquette sur laquelle on lisait : CONFITURE D’ORANGE, mais, à la grande déception d’Alice, il était vide. Elle ne voulut pas le laisser tomber de peur de tuer quelqu’un, et elle s’arrangea pour le poser dans un placard devant lequel elle passait, tout en tombant.
« Ma foi, songea-t-elle, après une chute pareille, ça me sera bien égal, quand je serai à la maison, de dégringoler dans l’escalier ! Ce qu’on va me trouver courageuse ! Ma parole, même si je tombais du haut du toit, je n’en parlerais à personne ! » (Supposition des plus vraisemblables, en effet.)
Plus bas, encore plus bas, toujours plus bas. Est-ce que cette chute ne finirait jamais ? « Je me demande combien de kilomètres j’ai pu parcourir, dit-elle à haute voix ; je ne dois pas être bien loin du centre de la terre. Voyons : ça ferait une chute de six à sept kilomètres, du moins, je le crois… » (car, voyez-vous, Alice avait appris en classe pas mal de choses de ce genre, et, ses connaissances puisqu’il n’y avait personne pour l’écouter, c’était pourtant un bon exercice que de répéter tout cela)… «  Oui, ça doit être la distance exacte… mais, par exemple, je me demande à quelle latitude et à quelle longitude je me trouve. » (Alice n’avait pas la moindre idée de ce qu’était la latitude, pas plus d’ailleurs que la longitude, mais elle jugeait que c’était de très jolis mots, des mots superbes.)
Bientôt, elle recommença : «  Je me demande si je vais traverser la terre d’un bout à l’autre ! Ca sera rudement drôle d’arriver au milieu de ces gens qui marchent la tête en bas ! On les appelle les Antipattes, je crois… » (cette fois, elle fut toute heureuse de ce qu’il n’y eût personne pour écouter, car il lui sembla que ce n’était pas du tout le mot qu’il fallait)… « Seulement, je serai obligée de leur demander quel est le nom du pays . S’il vous plaît, madame, suis-je en Nouvelle-Zélande  ou en Australie ? » (et  elle essaya de faire la révérence tout en parlant … Quelle idée de faire la révérence pendant qu’on tombe dans le vide ! Croyez-vous que vous en seriez capable ?) « Et la dame pensera que je suis une petite fille ignorante ! Non, il vaudra lieux ne rien demander ; peut-être que je verrai le nom écrit quelque part . »

Le chat et les chauve-souris

Plus bas, encore plus bas, toujours plus bas. Comme il n’y avait rien d’autre à faire, Alice se remit bientôt à parler. « Je vais beaucoup manquer à  Dinah ce soir, j’en ai bien peur ! » (Dinah était la chatte d’Alice.) « J’espère qu’on pensera à lui donner sa soucoupe de lait à l’heure du thé. Ma chère Dinah, comme je voudrais t’avoir ici avec moi ! Il n’y a pas de souris dans l’air, je le crains fort, mais tu pourrais attraper une chauve-souris, et ça, vois-tu, ça ressemble beaucoup à une souris. Mais est-ce que les chats mangent les chauve-souris ? Je me le demande. » A ce moment, Alice commença à se sentir toute somnolente, et elle se mit à répéter, comme si elle rêvait : « Est-ce-que les chats mangent les chauve-souris ? et parfois : "est-ce- que les chauve-souris mangent les chats ? » car, voyez-vous, comme elle était incapable de répondre à aucune des deux questions, peu importât qu’elle posât l’une ou l’autre. Elle sentit qu’elle s’endormait pour de bon, et elle venait de commencer à rêver qu’elle marchait avec Dinah, la main dans la patte, en lui demandant très sérieusement : « Allons, Dinah, dis-moi la vérité : as-tu jamais mangé une chauve-souris ? » quand , brusquement, bing !bing ! elle atterrit sur un tas de feuilles mortes, et sa chute pris fin. Alice ne s’était pas fait le moindre mal, et fut sur pied en un moment ; elle leva les yeux mais tout était noir au-dessus de sa tête. Devant elle s’étendait un autre couloir où elle vit le Lapin Blanc en train de courir à toute vitesse. Il n’y avait pas un instant à perdre : voilà notre Alice partie rapide comme le vent. Elle eut juste le temps d’entendre le lapin dire, en tournant un coin : « Par mes oreilles et mes moustaches, comme il se fait tard ! » Elle tourna le coin à son tour, très peu de temps après lui, mais, quand elle eût tourné, la Lapin avait disparu. Elle se trouvait à présent dans une longue salle basse éclairée par une rangée de lampes accrochées au plafond."

Alice au pays des troglos

De la littérature souterraine : Alice au Pays des Merveilles
Voilà donc comment commence l' histoire d'Alice au Pays des Merveilles. Dans notre région pleine de terriers et de trous, il doit bien y avoir quelque entrée qui mène à cet étrange contrée peuplée de créatures extravangantes : le Lapin Blanc, mais aussi le Chapelier fou et tous les autres personnages que vous retrouverez en empruntant le livre à la bibliothèque, ou en plongeant dans les troglos...


Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Dimanche 2 Juin 2013 à 06:57 | Lu 1350 fois