Camille, la mémoire qui ne flanche pas


Camille Richard. Homme à tout faire, sa vie est parsemée d’embûches. Mais la chance est avec lui. Elle l’habite au plus profond de ce regard généreux, empreint de retenue quand il aborde les phases difficiles d’une vie riche d’enseignements et de confrontations. Quel rapport avec les troglos, me direz-vous? : nous le découvrons, investi dans la restauration du “Moulin du Vigneau” (Moulin cavier de 1816) à Saumur. Un prétexte pour aller au contact de l’un des derniers charrons de Saumur.


Camille, la mémoire qui ne flanche pas
Caractéristique de l’Anjou et en particulier du Saumurois, le Moulin cavier du Vigneau a la particularité de reposer sur une maçonnerie conique construite au- dessus d’une cave, parfois troglodytique qui renferme les appareils de mouture, d’où l’appelation de cavier.
Construit en 1816, le Moulin s’est rapidement délabré, après la cessation d’activité des moulins concurrencés par les énergies modernes. Cependant, une association  de sauvegarde et de protection tente de le restaurer. Camille Richard fait partie du mouvement.

Charron et menuisier

Camille, la mémoire qui ne flanche pas
Point de biographie, date de naissance etc… Camille est, cela suffit. “J’ai la mémoire qui flanche…” Franchement pas. Discret, mais avide de se raconter. Pudeur et générosité à la fois, lorsqu’il évoque son enfance “fin de guerre”, son manque de confiance dans ses possibilités régénérées par un instituteur qui le remet sur les rails : il finit par décrocher les diplômes nécessaires pour travailler aux “PTT”. Paris, Saumur… et le syndicalisme qui lui apporte une ouverture d’esprit satisfaisant son insatiable curiosité. Camille et son épouse voyagent et traversent la vie ensemble pendant 48 ans. Désormais seul, il s’adonne à sa passion de toujours : le travail du bois. Il est l’un des derniers charrons de l’époque ou l’on fabriquait artisanalement des brouettes. La menuiserie est devenue sa passion et il répond aux désirs de chacun, sculpte des meubles, des comtoises, pour sa famille et ses amis  : brouettes, objets sculptés et signés, pour ne pas trahir la mémoire des artisans, des créateurs qui s’ignorent.

Camille en mouvement

Camille, la mémoire qui ne flanche pas
Camille a connu la seconde guerre et celle qui l’a suivie, la guerre d’Algérie. Silence teinté de questionnement, parce que l’homme ne laisse rien passer et ose parfois remettre en question l’ordre moral. Sourire épanoui, parce que la chance l’accompagne toujours : le beau temps présent dans ses randonnées pédestres qui l’amènent à traverser plusieurs fois les Pyrennées, “beau temps à la pluie”.
L’investissement continu : Le Thouet, les Moulins, l’action citoyenne, rien n’arrête Camille qui poursuit gaillardement son “petit bonhomme de chemin”. Crayon à la main, il vous fait un croquis de l’affaiblissement des assises du Moulin de tuffeau, fait qui ne résistera aux assauts du temps et de la modernité que par un contrefort bétonné qu’il croque sur son établi mobile, fraichement poussiéreux, actif.
 
Camille est là. Simplement, pour un voisin embêté par ses fils téléphoniques ou pour une rencontre humaine avant tout, où le devoir de mémoire est vertigineux.


Photos : Léa Portier et Patrick Edgard-Rosa


Rédigé par Patrick Edgard Rosa le Mercredi 9 Novembre 2011 à 15:21 | Lu 571 fois