Art pariétal, art souterrain (2/2)


Dans l’article précédent paru hier (no 1587), nous avions évoqué la représentation animale dans l’art pariétal, les peintures sur les parois des grottes, dont il existe de nombreux témoignages en France. Si les espèces animales sont souvent très reconnaissables et figuratives, paradoxalement, les représentations humaines semblent parfois maladroites ou parcellaires, plus fantasmagoriques que réalistes.


Les représentations humaines

Grotte de Pech Merle
Grotte de Pech Merle
La représentation humaine est souvent segmentée et non complète. Motifs de dents, mains, sexes apparaissent  sans lien avec un corps. Nous sommes là dans la représentation symbolique et non décorative. Le motif de la main est probablement le plus connu : les mains dites « positives » sont trempées directement dans la peinture : celles d’hommes, de femmes et d’enfants, parfois situées à des hauteurs qui impliquaient de hisser l’enfant vers le haut de la paroi… « Mains négatives », appliquées par un mode de pochoir. La couleur, noire ou rouge,  définit alors le pourtour de la main. C’est le cas des représentations de la grotte de Pech Merle.
Récemment, et de façon surprenante,  on retrouve ces motifs loin de l’Europe, sur l’île de Célèbes en Indonésie, comme vient de le révéler la revue Nature. 12 pochoirs de mains ont pu être datés de -40.000 ans par datation de la calcite (la désintégration radioactive de l’uranium informe sur le temps écoulé depuis la formation de la calcite provoquée par le ruissellement des eaux). Ce sont probablement les plus vieilles mains peintes connues à ce jour.  Il y a également des dessins de babiroussa, espèce de cochon sauvage avec des défenses ( -35400 à – 35700), contemporains de ceux de la grotte de Chauvet ( rhinocéros de  -37300). La grande question est de savoir si ces pratiques se sont développées de façon concomitante ou si elles ont été importées d’Europe par l’Homo sapiens. En effet,  celui-ci s’était déjà installé vers -50 000 dans la zone située entre l’Asie et l’Australie.

La grotte de la Marche (Vienne), daté du Magdalénien III, selon la classification de l'Abbé Breuil,  est l'une des rares grottes où l'on a retrouvé des visages, dessinés sur des plaquettes de pierre : profils humains, mais aussi personnages  animalisés ( l'homme oiseau ).

L'Abbé Breuil
L'Abbé Breuil

Evolution de l'interprétation

Les paléontologues ont cherché à interpréter ces peintures réalisées au fond de grottes, et donc à l’abri du regard. Quelle pouvait être la vocation d’un art non visible ? Au 19ème siècle, ces artistes des temps anciens sont magnifiés comme étant la preuve de la nature supérieure de l’homme. C’est la théorie de l’art pour l’art : dès l’âge le plus ancien, l’homme est un artiste et c’est ce qui prouve sa condition supérieure parmi les espèces créées par Dieu. Dans l’ouvrage « l’homme primitif » de Louis Figuier (1870), l’homme préhistorique est représenté comme un Grec en toge en train de graver une pierre. L’Homo sapiens est sacré artiste décorateur … Oui, mais pourquoi peindrait-il dans le noir, là où on ne peut admirer son travail ? A l’aune du développement de l’ethnologie comparative,  on représente l’homme des cavernes comme certains indiens d’Amérique ou les Inouïts du Grand Nord. On interprète alors ces peintures comme des rites liés à la magie. L’abbé Breuil propose une interprétation éclectique au-delà de la simple magie, à valeur symbolique et spirituelle. Mais celle qui réconcilie les diverses théories et permet l’unicité de l’interprétation est celle du chamanisme (Jean Clos) qui englobe plus largement des pratiques rituelles. Celles-ci sont probablement destinées à favoriser des rites de passage ou des guérisons, grâce à l’intervention d’un chaman medium.

La richesse des sites, de la Dordogne aux Pyrénées

Grotte Chauvet
Grotte Chauvet
Nous vous invitons à découvrir ces grottes mystérieuses, qu’il s’agisse des sites originaux ou des reconstitutions comme à Lascaux. Certaines accueillent les visiteurs au compte-goutte où sont fermées au public à cause de la détérioration due à  la présence humaine et à la corrosion de l’air, aux moisissures et à la lumière artificielle. Voici une liste non exhaustive de ces sites. Les Trogs comptent aussi explorer quelques-unes de ces merveilles afin de compléter ce panorama sur l’art pariétal.
 
Grotte Chauvet (Ardèche) : la plus ancienne avec des représentations animales (lions, ours) : www.ardeche.com/sites-naturels/grotte-chauvet-pont-d-arc.php (voir photo du dessus)

Grotte de Rouffignac (Dordogne) fresques de 100 mammouths : www.grottederouffignac.fr

Grotte de Gargas ( Hautes Pyrénées) : chevaux, bisons, mains négatives: grottesdegargas.free.fr

Grotte de Cosquer (Bouches du Rhône) : pingouins, phoques:
sur Wiki

Grotte de Pech Merle (Lot) : chevaux pommelés, mains:
www.pechmerle.com

Grotte de Cussac (Lot) : fresques en mouvement, de grande taille
Wiki

Abri du fourneau du diable : sculptures  en haut relief
Wiki

Grotte de Lascaux : la plus connue pour la richesse et la variété de ses peintures: troupeaux d'aurochs, cervidés, chevaux polychromes, mains...
www.lascaux.culture.fr

Grotte de la Marche (Vienne) : plaquettes représentant des figures humaines, ce qui est rare dans la Préhistoire.
Wiki

Grotte de Altamira (Espagne) : plafond de bisons, outils
Wiki


Et d'autres sites à découvrir sur www.grottes-france.com



Lady Trog


Rédigé par Renée Frank le Mardi 14 Octobre 2014 à 18:04 | Lu 640 fois